Solennité du Saint Sacrement (Fête-Dieu)

En cette fête de l’Eucharistie, la 1ère lecture nous donne une bonne clé. Elle nous dit, comme au peuple d’Israël : « Souviens-toi ! » C’est la mémoire qui a constitué le peuple d’Israël et c’est elle qui fait vivre les juifs croyants encore aujourd’hui. Cette mémoire, – la mémoire humaine, pas celle des ordinateurs, — est si capitale, si constitutive de nous-mêmes !
Notre Eucharistie est acte de mémoire, et cet acte nous fait exister en Eglise du Christ. Et, lorsque je communie, je fais mémoire de Jésus, mémoire de son histoire avec tous, et mémoire de son histoire avec moi.
L’appel du Deutéronome est capital pour Israël. « Souviens-toi ! » Ce dont ils ont à se souvenir, c’est de l’histoire de Dieu avec eux, de leur histoire dans laquelle Dieu a agi, Dieu s’est manifesté, inoubliablement. Aussi on se raconte Dieu : le Seigneur ton Dieu t’a imposé cette marche dans le désert, il t’a fait connaître la faim, il t’a donné la manne ; lui t’a fait sortir d’Egypte, il « t’a fait traverser ce désert vaste et terrifiant », « il a, pour toi, fait jaillir l’eau de la roche la plus dure ». Israël vit de cette mémoire de Dieu qui donne vie à son peuple jusqu’à aujourd’hui.
L’Eglise vit de même de l’Eucharistie, mémoire de l’œuvre de Jésus, de Jésus qui fait naître de son cœur la communion de tous ses frères, de tous les fils de son Père. Toute Eucharistie est acte de mémoire : Jésus nous y rejoint dans le geste où il nous donne son pain, il nous donne son corps livré, dans ce geste où, ressuscité, il vient nous habiter corporellement aujourd’hui et nous insère dans la communion qu’il vit avec son Père dans l’Esprit Saint. Ainsi la mémoire de Jésus se livrant pour nous fait aujourd’hui l’Eglise.
Le geste de chaque chrétien qui reçoit le corps et le sang de Jésus est nouvelle rencontre de Jésus. Aujourd’hui, chacun, quelque soit son état, redit « oui » à Jésus venu à sa rencontre et venant maintenant comme il est venu hier.
En faisant mémoire de Jésus, nous le laissons entrer, lui le Ressuscité, dans nos vies. Tout ce qu’il est, tout ce qu’il vit, toute son humilité, toute sa pauvreté, toute sa gloire, tout lui-même atteint notre existence et la transforme.
L’Eucharistie nous le dit. Que le Seigneur Jésus lui-même nous ouvre l’intelligence et le cœur, qu’Il nous apprête à l’accueillir. Que devienne nôtre ce qu’exprimait, par exemple, la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité. Elle s’exclamait : « Que Dieu est grand et que nous sommes aimés ! ». Et une autre fois : « Comprendrons-nous un jour combien nous sommes aimés ? »

Père Abbé

Cette entrée a été publiée dans Homélies 2014. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.