Fête du Baptême du Christ

Quand Jésus fut baptisé et qu’il fut sorti de l’eau, « voici que les cieux s’ouvrirent », dit S. Matthieu. Sans doute, est-ce un vieux rêve de l’humanité qui se réalise ce jour-là ?  Mais que se passe-t-il au juste ? et même : où, au juste, se passe-t-il quelque chose : dans les nuées, ou bien ailleurs, comme par exemple : en nous ?
Nos rêves seraient que la chape du ciel s’ouvre, et que l’on découvre l’arrière-monde, auquel nous imaginons que le nôtre est accroché. Oui, que l’on connaisse enfin ce qui est derrière.  Mais notre connaissance du réel ne parvient pas à atteindre cette source inaccessible. Notre intelligence n’entre pas dans l’au-delà.
Le peuple d’Israël a reconnu comme son Dieu et son créateur Celui qui l’a fait sortir d’Egypte et lui a fait don de la Loi. Mais il traverse tant de vicissitudes. Conduit en exil cinq siècles avant Jésus-Christ, il en est revenu, mais c’est loin d’être glorieux. La situation du pays et des gens est tout à fait décevante. L’heure est à la plainte. « Regarde du ciel et vois », dit Isaïe chapitre 63. « Pourquoi des impies ont-ils envahi ton sanctuaire ?… Nous sommes depuis longtemps ceux que tu ne gouvernes plus ».
Ce peuple exsangue a ce gémissement : « Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais : devant ta face fondraient les montagnes… pour faire connaître ton nom à tes ennemis et faire trembler les nations devant ta Face ». çà changerait tout. Evidemment !  Mais est-ce si sûr ? Pas vraiment ! Ce serait la victoire d’un plus fort que le fort d’aujourd’hui. Et la lutte, la course à la domination ne ferait que se poursuivre.
Sur les bords du Jourdain, que se passe-t-il ? Oui, enfin, enfin, « les cieux se déchirent ». L’attente douloureuse d’Israël est enfin, enfin    exaucée. Voici que là, après que Jésus ait été baptisé par Jean, « voici que les cieux s’ouvrirent ». L’incroyable, l’impossible a lieu.
Mais que se passe-t-il ? Dieu n’est pas vu ; personne ne voit rien de l’autre monde. C’est sur la terre qu’il arrive quelque chose. Jésus le perçoit, mais peut-être pas les autres personnes présentes ; du moins, ce n’est pas dit clairement.
L’événement concerne Jésus : Jésus voit l’Esprit venir sur lui et il entend une voix : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ; en lui, j’ai mis tout mon amour ». Jésus est situé par rapport à un autre dont il est le fils, et leur lien est un lien d’amour, leur lien est fait d’amour, et d’un engagement total de ce Père à l’égard de son fils.
Jésus reçoit toute la confiance aimante de son Père et accueille cet amour et en vit.
Mais Jésus est de notre humanité. Il est l’un de nous. C’est un cœur d’homme qui accueille cette parole du Père et ce don total qu’il fait.
Notre cœur est semblable au sien. Il est lui aussi capable d’entendre cette parole et de vivre de cet amour offert.
Le cœur de qui que ce soit est  fait de ce même bois, pourrait-on dire : il est fait pour cela même, il ne respire vraiment que lorsqu’il laisse battre en lui l’amour oublieux de lui-même.
Et la révélation de Jésus et de son Evangile ne peuvent que l’illuminer davantage et l’entraîner dans cette attention, cette affection à l’égard de n’importe quel être humain. Le fond de nous-mêmes consonne avec la parole qui a résonné sur les bords du Jourdain : notre cœur aspire à vivre de ce qui a pris chair, de ce qui a pris cœur    en Jésus de Nazareth.

Père Abbé

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