Dimanche de la Sainte Famille

D’Égypte, j’ai appelé mon Fils

Depuis les Annonciations de la naissance de Jésus tous s’était à peu près bien passé pour Joseph et Marie et le nouveau-né.  Même s’ils durent se réfugier dans une étable, il y eut le concours des chœurs des anges et la venue des bergers pour rappeler que l’enfant était Fils de Dieu.  Vinrent ensuite les Mages venus d’Orient qui adoraient en Jésus le Messie de Dieu annoncé dans les astres.
Mais voilà que l’ange du Seigneur, qui avait déjà parlé à Joseph dans son sommeil, intervient de manière abrupte.  L’enfant que tous venaient adorer, voilà qu’il doit prendre le maquis et fuir comme un inconnu pour trouver refuge en pays étranger.  Joseph et Marie ne connaissaient personne en Égypte, et Joseph probablement se mit au service de quelqu’un comme charpentier.
Il n’étaient pas trop, Marie et Joseph, pour porter ensemble l’opprobre de la fuite et l’incompréhension des événements qui leur advenaient.  Jésus, Dieu-Sauveur, Dieu-avec-nous, comme l’Ange le leur avait annoncé, voilà qu’il est un immigré en terre étrangère.  La gloire et le rayonnement annoncés se changent en angoisse et amertume.
Pouvaient-ils comprendre que Dieu faisait revivre à leur Enfant les joies et les peines d’Israël ?  Jésus et Moïse tous deux sauvés de la fureur meurtrière du roi ordonnant de tuer les nouveau-nés.  Jésus dans la mangeoire et les Mages venus l’adorer.  Moïse caché dans la corbeille et adopté par la fille du pharaon (Ex 1,22-2,6).  La Sainte Famille fuyant en Égypte par crainte de la colère du roi Hérode.  Moïse fuyant au désert par crainte de la colère du pharaon (Ex 2,15).
Dès les premiers instants de leur vie en ménage, Joseph et Marie découvrent donc que le mariage n’est pas un long fleuve tranquille, même avec l’aide de Dieu.  Ils allèrent de surprise en surprise, de déconvenue en découragement après avoir vécu les émerveillements de la naissance de leur Enfant et de la voix  des anges.  Dès ces débuts chaotiques et tout au long de leur vie ils durent se serrer les coudes et se soutenir mutuellement.  Jésus et leurs contemporains allaient encore leur donner de nombreux soucis et désillusions.
Les parents ne pouvaient pas comprendre tout ceci, que nous relisons après les événements, après la mort et la résurrection de Jésus.  Alors seulement Joseph et Marie, et tous les croyants, purent comprendre combien Jésus est le Nouveau Moïse.  Non pas pour sortir d’Égypte le Peuple Israël, mais pour sauver du péché et de la mort tous les hommes de bonne volonté.
Il en est de même pour chacun de nous dans notre cheminement au quotidien.  Les événements qui se présentent à nous ne sont pas toujours limpides.  Nous avons du mal à comprendre  ce que Dieu attend de nous, nous ne savons pas où Dieu veut nous mener.  Ce n’est que bien plus tard que nous découvrons le fil rouge qui a conduit notre vie.  Mais pour pouvoir avancer sur la route que Dieu nous trace, il n’est pas bon d’être seul.  Joseph et Marie partageaient tout ce qu’ils vivaient, ainsi faut-il que dans les familles d’aujourd’hui les parents échangent sur ce qu’ils vivent, tant les faits heureux que les épreuves. Ensemble ils avancent, en suivant la route que Dieu leur trace.  Ainsi faut-il que dans les communautés de vie, quelles qu’elles soient, chacun trouve l’écoute et la présence aimante.  La communion avec ceux qu’on aime aide à vivre les joies et les peines, les réussites et les souffrances.
C’est ce que Saint Paul nous rappelait dans la deuxième lecture tirée de l’épître aux Colossiens :
Revêtez votre cœur de tendresse et de bonté,
d’humilité, de douceur, et de patience.
Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour :
c’est lui qui fait l’unité dans la perfection.
Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ
à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps.
En ce temps de Noël où Dieu se fait petit Enfant pour venir à notre rencontre… apprenons de Jésus lui-même que nos routes terrestres sont en même temps nos voies de sanctification.  Allons à la rencontre de Joseph et de Marie et apprenons d’eux combien Dieu est toujours à nos côtés et nous inspire amour et paix.

Frère Bernard-Marie

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