Homélie pour les 100 ans de Frère Aimable

(Lectures : Si 51 ; Ph 1 ; Lc 2,22.25-32)

Cher Frère Aimable, « puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement au jour où le Christ Jésus viendra ». Ces paroles de S. Paul, on ne peut que les reprendre. Et d’ailleurs, S. Paul lui-même ne fait que s’appuyer sur le Seigneur : il sait que Dieu est fidèle.
A la fidélité de Dieu, la vôtre a répondu. Quatre-vingts ans de vie monastique, et aujourd’hui cent ans de vie, un siècle en ce monde-ci.

décembre 1913, photo de famille
décembre 1913, photo de famille

Vous pourriez donc vous aussi faire une sorte de bilan, comme le Siracide dans son dernier chapitre, 51ème, de son œuvre. « Quand j’étais jeune », dit-il : eh bien, vous aussi, vous avez connu le Seigneur dès votre enfance ; vos parents vous ont transmis la foi qui les habitaient et dont ils vivaient. Et c’est déjà après des années de travail à l’usine de Fives qu’à vingt ans, vous avez choisi d’entrer à La Trappe du Mont des Cats, au début d’octobre 1933. Vous avez reçu la formation monastique dans le noviciat des frères

Le groupe des frères convers
Le groupe des frères convers

convers. Et c’est encore selon cette voie de prière et de service des frères convers que vous vivez aujourd’hui. Cette vie de frère vous a soutenu tous ces quatre-vingts ans ; ou plutôt : vous l’avez chaque jour voulue, aimée et suivie. Et depuis bien longtemps, elle nous éclaire nous tous, même si nous vivons selon un autre rythme.

sergent en captivité
sergent en captivité

 

Je ne sais pas si c’était nécessaire, mais la vie a continué de vous former… Un long temps de service militaire, puis la guerre et ses combats, et la captivité en Allemagne.
La suite du chemin monastique ne fut pas non plus sans surprises. Vous avez répondu « présent » à ce qui vous était demandé. Frattocchie, Belval, Monte Cistello… Mais ce n’est pas tant vos activités qu’il faudrait décrire que l’intelligence et surtout le cœur que vous y avez mis, la constance de votre don au Seigneur, au long de ce chemin en apparence si mouvementé.
Oui, comme dit le Siracide, « oui, depuis votre jeunesse, vous marchez sur les traces de la Sagesse, sur les traces du Seigneur ». Et vous l’avez reçu, et il a été la joie de votre cœur.

A Frattocchie
A Frattocchie

Dans toute votre démarche, lui, le Seigneur, a travaillé. Comme disait S. Paul, « Depuis le premier jour jusqu’à maintenant, Dieu a bien opéré chez vous son travail ». Il l’a fait, disons, de deux manières. D’abord directement, par lui-même, en s’offrant intimement comme la lumière de votre cœur. Mais il l’a fait aussi à travers tous ceux et toutes celles que vous avez connus. Vos parents, bien sûr, et puis tant d’autres. Le Seigneur a permis que vous soyez en contact avec des personnes exceptionnelles, comme Petite Sœur Magdeleine alors qu’elle commençait l’aventure des Petites Sœurs de Jésus, ou comme Mère Pia, abbesse des Trappistines de Grottaferrata, tout près de Frattocchie. De ces rencontres, vous avez nourri votre vie, et vous la nourrissez encore.

Construction de Belval
Construction de Belval

Voilà des années, des dizaines d’années, que vous attendez, avec Syméon, la consolation d’Israël, la venue de Jésus sauveur. Aussi sûrement que la nuit de Noël est toute proche, vous voyez venir le jour de la rencontre, rencontre avec Celui dont vous contemplez juste en face de vous dans votre chambre, le visage de douleur et d’amour. Lui vient vous chercher à l’heure qu’il sait, heure qui ne semble pas devoir être celle à laquelle vous pensiez depuis bien des années. Il va venir, Lui, vous prendre en ses bras.

Avec Petite Soeur Magdeleine
Avec Petite Soeur Magdeleine

Mais, par sa grâce, il a fait que vous-même vous l’avez reçu dans votre maison, dans la maison de votre cœur. Vous-même vous l’avez non pas tant serré dans vos bras, qu’accueilli et adoré au plus intime de votre être. Vous avez répondu par votre attachement à tout le don du Seigneur. « Votre amour vous a fait progresser dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui font discerner ce qui est plus important ».
Je ne sais s’il faut vous encourager à prendre à votre compte la prière de Syméon. Que le Seigneur reste bien le seul juge de l’heure et du moment opportun, et que vous continuiez le chemin tout le temps que Dieu voudra, pour la joie et la consolation de vos frères et de vos proches. Mais aussi c’est déjà, – c’est depuis longtemps -, l’heure de l’action de grâce et de la confiance renouvelée : « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole ». Que le Seigneur Jésus ne cesse donc de venir, maintenant et toujours, vous prendre avec lui pour votre joie, pour la sienne, et pour celle de notre communauté et celle de l’Église.

2011 avec Mère Jeanine de Belval

2011 avec Mère Jeanine de Belval

 

Père Abbé

Cette entrée a été publiée dans Homélies 2013. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.