Trentième Dimanche

Jésus, le pharisien et le publicain

La semaine dernière les lectures de la messe nous invitaient à prier sans cesse et à ne pas désespérer que Dieu vienne à notre secours.  L’intercession de Moïse permit au peuple de vaincre son adversaire, la persévérance de la veuve fit céder le juge sans justice.  Aujourd’hui nous entendons la séquence suivante de l’Évangile selon Saint Luc :

Deux hommes montèrent au Temple pour prier…

Le Temple était depuis sa construction le lieu par excellence où le peuple rencontrait son Dieu.  Ce n’est qu’avec crainte et tremblement qu’on s’approchait de ce haut-lieu et des rites précis qui obligeaient chacun à garder une distance religieuse en fonction de la conscience qu’il avait de sa sainteté ou de son péché.   Cela explique que, dans la parabole de Jésus, le prêtre s’approche du portail tandis que le publicain reste bien en arrière de peur que le regard de Dieu, courroucé de ses péchés, ne le fasse mourir instantanément.

Le pharisien n’avait rien à se reprocher, même pas dans la bouche de Jésus.  Ces hommes pieux et zélés faisaient tout pour pratiquer les commandements à la lettre plutôt qu’à l’esprit.  Religiosité basique qui était celle d’une large frange de la population du temps de Jésus.  On peut comprendre que ce pharisien se glorifie de pratiquer la Loi et toute la Loi.  La tendance de ces juifs pieux était peut-être trop aisément de se juger comme les seuls justes, les seuls vrais Juifs dans la mesure où ils pratiquent la Loi.  Justifiés par leur conduite religieuse irréprochable, ils construisaient quand même un mur pour rester séparés du commun des mortels, du commun des pécheurs.  Et c’est le point sur lequel les Évangile reviennent à plusieurs reprises.  Rappelons-nous la réflexion du pharisien lorsque Jésus accepte de se laisser toucher par la pécheresse qui verse du parfum sur ses pieds et les essuie de ses cheveux.  Et le pharisien de se dire en lui-même :

Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche,
et ce qu’elle est : une pécheresse ! (Lc 7,39)

Les Pharisiens se savaient « purs », et se considéraient comme « séparés », selon le nom même de leur courant.  Ce que Jésus leur reprocha de plus en plus fermement, ce n’était pas tellement leur style de vie et leur rigueur religieuse, mais le fait de juger sévèrement ceux qui ne pratiquement de la même manière la religion.

Regardons maintenant le publicain qui, de loin, les yeux baissés et tout contrit, se frappe la poitrine en disant :

Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !

C’est l’attitude qui plaît au Seigneur.  Quoi que nous fassions, nous sommes toujours des sujets et toute notre vie dépend du don de Dieu.  Mettons-nous humblement à Son écoute et cherchons en tous temps à répondre à son appel.  Si Dieu fait de nous des hommes pieux et plus proches de Lui, si nous pouvons, comme le pharisien, rendre grâces à Dieu parce que nous pratiquons ce qu’Il nous demande, réjouissons-nous.

Mais ne faisons pas comme le pharisien : ne méprisons pas ceux qui ne sont pas de notre bord.  La critique est facile, le jugement péremptoire :

je ne suis pas comme les autres hommes :
voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain.

C’est cela que Jésus reproche au pharisien de la parabole.  Et la conclusion qu’Il tire en rapport à la prière qui fut exaucée par Dieu, Jésus affirme :

Quand ce dernier rentra chez lui,
c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l’autre.

Le pharisien se croyait juste, mais ne l’était pas, le publicain se savait pécheurs mais rentra chez lui comme un juste, un homme pardonné par Dieu.  C’est ce que nous disait également le Siracide que nous avons entendu en première lecture :

Celui qui sert Dieu de tout son cœur est bien accueilli,
et sa prière parvient jusqu’au ciel.

Jésus ne condamne pas le pharisien, mais Il aurait préféré qu’il respecte son prochain.  Jésus ne justifie pas les péchés du publicain, mais Il approuve son humilité et sa contrition.  À notre tour, à chacun de nous ici rassemblés, Jésus demande de regarder notre propre cœur et de demander pardon plutôt que de justifier notre comportement qui serait plus pieux que le publicain au fond de l’église qui n’ose pas lever les yeux au ciel.

Demandons à Jésus de nous donner la grâce nécessaire pour répondre à Son appel sur nous, et la bienveillance utile pour honorer ceux qui ne vivent pas la religion à la même manière que nous…

Frère Bernard-Marie

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