Dixième Dimanche du Temps Ordinaire

Aujourd’hui, Jésus est entouré de foules mais il n’est pas populiste ni démagogue. Il reste lui-même, il est humain, au grand sens du terme : il est sensible à la personne humaine.
Toute une foule l’accompagne. Elle ne le lâche pas. Jésus a déjà guéri bien du monde et sa parole étonne. Cette foule croit-elle en Jésus ? Jésus, lui, s’en méfie. Il a trouvé plus de foi chez le centurion que dans tout Israël.
Et voilà qu’arrivés à Naïm, ils croisent une autre foule, « considérable », nous dit S. Luc. Cette foule sort de la ville. Elle est dans la détresse. C’est un mort que l’on va mettre en terre. Et c’est un homme qui n’a pas atteint le grand âge ; et c’est un fils unique : l’unique présence aux côtés de ses parents, leur unique soutien. Or, de plus, sa mère est veuve, elle se trouve donc maintenant complètement démunie, elle n’avait que lui pour vivre. Une telle situation remue tout le pays, d’où tout ce monde qui sort de la ville.
Jésus ne fait pas un détour, il « s’avance et touche la civière ». Tous les jours, Jésus s’arrête à nos portes. Il s’arrête là où nous avons mal, là où nous sommes le plus mal. Non parce qu’il met son nez partout et nous surveille. Mais parce qu’il a souffert lui-même et qu’il reconnaît la souffrance de son frère. Cette souffrance unique le remue. Pas seulement le drame exceptionnel, hors normes, de cette veuve de Naïm, mais absolument toute souffrance qui blesse le cœur d’une femme, d’un homme quel qu’il soit. Toute souffrance est unique, aussi unique que la personne qui la vit.
Jésus a du cœur, il a des entrailles. Lui, « le Seigneur », comme l’appelle ici S. Luc, « est saisi de pitié pour cette femme ». Tant de fois dans l’évangile, Jésus a ainsi pitié de celle ou celui qu’il rencontre. Il est toujours prêt à se laisser rejoindre par l’appel de l’autre, même l’appel muet, l’appel d’une souffrance même tenue bien cachée. Toujours Jésus s’avance, s’approche de notre civière, et il en est retourné.
Toujours il s’approche et voudrait prendre soin de l’homme blessé par la route, comme cet homme à demi-mort victime de bandits entre Jérusalem et Jéricho. Jésus a pitié, il prend sur lui, au-delà de ce que nous espérerions. Mais justement, osons-nous croire en cette si grande bonté de cœur, en cette bienveillance sans repli, sans le moindre calcul ?
Un autre aura encore davantage pitié, si c’était possible. Lui aussi ressuscitera un « mort ». Par pitié, par passion et compassion pour ce mort, oui bien sûr. Mais par pitié, compassion et passion pour aussi tous ceux qui ont même chair que ce mort, pour sa mère, ses sœurs, ses frères, ses amis, ses ennemis même. Il ne peut les laisser là, blessés à mort. Il veut la vie, il ordonne la vie : « Je te l’ordonne, lève-toi, entends de tes oreilles ma voix, ne perçois-tu pas ce qui vibre en moi, le cœur qui bat pour toi, les entrailles qui frémissent pour toi ? »
Le Père a pitié, Jésus s’est levé parmi nous, il a été relevé d’entre les morts. Jésus s’est levé, il a éternellement pitié de chaque humaine détresse, il voudrait guérir notre mal le plus secret. Il voudrait nous rendre comme le fils à sa mère, il voudrait nous rendre à la vie, aux êtres qui sont notre vie, nos proches et lointains. Il voudrait nous rendre à notre Père des cieux.

Père Abbé

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