Sixième Dimanche de Pâques

Quand Jésus prononce ces paroles, le temps se fait court. Bientôt Judas reviendra et Jésus sera emporté jusque dans la tombe. Jésus sait qu’il vit les derniers moments de proximité, d’intimité avec ses disciples. « Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ». Mais il leur promet, dans cet instant même, qu’il ne leur manquera pas. Au contraire : il viendra « demeurer auprès d’eux ». Il vivra un nouvel ‘avec eux’, ‘avec nous’.
C’est ce qu’il vient de dire aux disciples : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ». D’autres traductions disent : « Nous ferons en lui notre demeure ». C’est le verset dont se servent les mystiques chrétiens pour décrire les sommets de l’union de Dieu et du croyant. Ainsi la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité, carmélite morte en 1906, qui écrit dans une lettre : « cette pensée est si belle, quand Jésus parle de faire en nous sa demeure ». « A tout instant du jour et de la nuit, les trois Personnes divines demeurent en (nous) ». Et elle conclut : « Quand on sait cela, c’est une intimité tout adorable ; on n’est plus jamais seule ! »
Cependant Elisabeth est attentive à sa correspondante. Elle a l’intuition que ce langage-là peut lui parler moins qu’un autre. Et, un siècle plus tard, nous aurons peut-être aussi, et peut-être davantage encore, les mêmes perceptions. Elisabeth suggère ceci : « Si tu préfères penser que le Bon Dieu est près de toi plutôt qu’en toi, suis ton attrait pourvu que tu vives avec Lui ».
Cette formule est beaucoup plus à notre portée. Au temps où l’on écrivait des lettres, — et, à l’occasion, on en écrit encore —, la conclusion pouvait tenir dans ces deux petits mots : « avec toi ».
Bien sûr, on est loin l’un de l’autre, chacun a sa vie, son monde. Mais on atteste ainsi un lien, une relation forte. C’est offrir à l’ami une présence que rien ne borne. Présence qui ne demande qu’à être accueillie.
« Avec toi »… : cette présence est comme écoutée au fond de l’être. Ce que l’on entend, c’est l’autre, qui est là, ouvert, s’offrant… C’est l’autre dans ce qu’il a de plus profond, de plus réel, de plus concret. C’est sa plus belle présence.
Bien sûr, ce ne sont pas les mots qui font tout. C’est la voix qui les prononce, l’affection qui les porte, tout ce que l’ami nous a laissé pressentir.
Alors, si déjà la parole de l’ami suscite la vie, la construit, si elle donne tout son poids de réalité à ma vie, combien plus la parole du Seigneur aimant et miséricordieux !     Sa parole donne vie à chacune, à chacune de nous, Lui qui nous a appelés à l’existence pour cela même.
Bénis soient les amis qui nous font la grâce, qui nous font l’honneur, et le cadeau merveilleux, de nous confier qu’ils sont « avec nous », qu’il est, qu’elle est « avec moi ».
Béni soit le Seigneur qui nous offre cette parole maintenant.

Père Abbé

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