Trentième Dimanche du Temps Ordinaire

Jésus a dû avoir un bon succès à Jéricho puisque, à sa sortie de la ville, beaucoup de monde l’accompagne, « une foule nombreuse ». Et voilà qu’un certain Bartimée se met à le suivre aussi. Mais qui le suit vraiment ? Qui tient vraiment à lui ?
La foule sort de Jéricho avec Jésus. Pourtant Jésus a déjà annoncé son chemin mystérieux : être serviteur, donner sa vie pour tous, être livré, condamné, crucifié et être ressuscité le troisième jour. La foule l’a-t-elle entendu, l’a-t-elle compris ? On ne sait pas. Elle est là, compacte, car cette foule est « nombreuse », précise S. Marc. Elle suit Jésus et ne veut pas être perturbée. Encore moins par un gêneur qui crie et veut déranger Jésus. Tout de suite, c’est « beaucoup de gens » qui s’en prennent à ce mendiant assis au bord de la route. Ils lui commandent le silence. En fait, cette foule a mis la main sur Jésus, elle l’a pris en otage.
L’homme arrêté au bord de la route est tout différent de cette foule qui passe. Lui  n’est pas anonyme du tout : et c’est même son nom que l’on nous annonce en premier et de deux façons, il est dit en grec « le fils de Timée », puis on a son nom araméen, « Bartimée ». Et une fois son nom clairement posé, viennent ensuite d’autres aspects de sa personne : il est aveugle, il est mendiant. Ce qui explique sa position assise au bord de la route ; il est comme bloqué là par son infirmité.
Mais au passage d’une autre personne bien précise dont il entend le nom,  « Jésus de Nazareth », Bartimée réagit immédiatement et crie. Son cri  n’est pas informe. C’est d’abord la reconnaissance de qui est vraiment ce Jésus : il l’appelle « Jésus, fils de David ». Et c’est ensuite une demande d’être pris en considération : « Aie pitié de moi ». L’aveugle demande que Jésus veuille bien entrer dans un dialogue avec lui et qu’il veuille bien regarder sa détresse.
Rien n’arrête l’appel de cet homme. On ne peut le faire taire. Et quand Jésus l’appelle à son tour, il n’y a plus que Jésus qui compte. L’homme bondit, laissant son manteau en arrière (c’était sans doute son seul bien). Les deux hommes sont alors vraiment en présence l’un de l’autre.
Pourquoi Jésus n’a-t-il pas fait la guérison tout de suite dès l’aveugle arrivé près de lui ? Ou même, pourquoi ne l’a-t-il pas guéri d’un mot lancé par-dessus la foule, quand l’aveugle avait commencé à crier ?         Le miracle n’en aurait été que plus étonnant, et le faiseur de miracles encore plus merveilleux qu’on ne le croyait .
Mais Jésus n’est pas en quête de miracles et de publicité. Il veut rencontrer cet homme, lui répondre en lui adressant la parole. « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Cette parole d’un vrai frère, ce n’est pas si fréquent que nous l’offrions à quelqu’un. Elle est ici presque naturelle, tant est grande la confiance de l’aveugle en Jésus.
La merveille la plus profonde n’est-elle pas la rencontre de ces deux personnes ? C’est une telle rencontre que Jésus espère avoir avec chacun de nous. Et c’est elle que nous construisons en reprenant la prière de l’aveugle, la prière du publicain : « Seigneur Jésus, fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur ».

Père Abbé

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