Funérailles de Frère Bertrand, à l’Abbaye de Sept-Fons

Le Seigneur est venu appeler Fr. Bertrand en son Royaume. L’heure était plus proche que nous ne le pensions. Mais lui était de ceux qui veillaient. Dans la nuit de ces dernières semaines, il appelait le Seigneur. Aujourd’hui le Seigneur l’a emmené avec Lui, comme dit S. Paul.
Son histoire, et celle de nous tous, a débuté par cette invitation qui nous est adressée comme à ces dix jeunes filles invitées à des noces. Un jour, le Seigneur nous a personnellement invités. La grâce reçue au baptême s’est comme fait sentir, l’Esprit Saint nous a touchés d’une manière particulière, et le Seigneur est entré concrètement dans notre vie, il s’est manifesté à nous. Cet appel a connu bien des reprises au long des âges. Il a ressurgi de manière nouvelle, par exemple lors des grands engagements de la vie, sacrement de mariage ou choix de la vie religieuse. Et l’Esprit veille auprès de nous tout au long de notre route ; il souffle où il veut, quand il veut, comme il veut.
Il nous attire vers le but : ces ‘noces’ de la parabole… Cette fête des noces qui nous est aussi promise. Le Royaume est lui-même la joie du cœur de Dieu, la joie du Berger ramenant sa brebis sur ses épaules, la joie du cœur grand ouvert de Dieu. Et c’est, ce sera, la joie du cœur de l’homme, la joie de notre cœur, à nous qui sommes faits pour cela même. D’ailleurs, à ces noces, nous n’allons pas simplement comme ‘invités’, selon le mot de la parabole. Membres de l’Eglise, nous y allons à un titre bien plus élevé : à titre d’’épousée’. Comme le dit le prophète Isaïe, « on ne te dira plus ‘délaissée’, mais on t’appellera ‘épousée’. Le chrétien ne saurait donc être, comme dit S. Paul, abattu ou sans espérance. Son espérance est dans la joie de Dieu.
Cette invitation aux noces, Fr. Bertrand l’a entendue très jeune. Sans m’en dire le contenu, il m’a évoqué un premier appel très fort. Cet appel l’a conduit à s’engager dans la vie religieuse. Il entra au noviciat des Frères de Ploërmel à l’âge de 18 ans, en 1973, et y prononça ses premiers vœux l’année suivante. L’appel premier est toujours resté gravé dans sa mémoire et l’a guidé jusqu’au bout.
Il a connu des reprises… en particulier la ré-écoute d’un attrait qu’il avait eu un jour pour la vie monastique, attrait qu’à l’époque, il avait jugé prudent de ne pas suivre. Mais la vie monastique a de nouveau croisé sa route. Et il s’y est tout à fait retrouvé. Il s’y est engagé. Au jour de sa profession solennelle, à la Transfiguration 2005, il exprimait tout le don qu’il faisait de lui-même, par exemple, dans ces mots mis en exergue du livret de sa profession : « Père, voici ma vie. Rends-la conforme à celle de ton Fils ».
Son chemin de vie fut difficile. Les épreuves ne manquèrent pas. Il a porté un gros poids de souffrance.  Et cette dernière année, il a eu à supporter la souffrance physique. Mais alors qu’elle était beaucoup plus rude ces dernières semaines, son cœur restait ferme dans le Seigneur. Il priait : « Seigneur, mon roc ! », « Seigneur, viens ! » Et le Seigneur aussi lui a été fidèle. Fr. Bertrand racontait que, il y a quelques jours, le Christ s’était trouvé là, devant lui, dans sa chambre, et qu’il lui avait demandé : « Veux-tu me donner tout ton amour ? » Et Fr. Bertrand disait en avoir été totalement transpercé. A la force de cette rencontre, il reliait toute la force de l’appel premier qui l’avait mis en route.
Le Seigneur a fait signe à son serviteur. Il a exaucé l’une des prières de ses derniers jours : « Mon âme a soif de toi ». Dieu l’a emmené avec son Fils : il est pour toujours avec lui, selon les mots de S. Paul.
A nous aussi, le Seigneur fait signe. Il nous appelle à la joie du cœur de Dieu. Il nous en a déjà fait goûter des arrhes ; il nous en donne le gage aujourd’hui dans l’Eucharistie. Puissions-nous accueillir son appel et demeurer le cœur en éveil pour lui répondre maintenant et à l’heure qu’il voudra.
(1ère Lect : 1 Thess 4, Evangile : Mt 25,1-13)

Dom Jacques

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