Sixième Dimanche de Pâques

Jésus évoque au passage une des réalités les plus riches de nos existences, l’amitié.  L’amitié nourrit la joie, l’amitié sème la paix. L’amitié : quand « (l’un) communique à l’autre ce qu’il a de meilleur, dans un échange incessant ». L’échange d’ailleurs ne requiert nécessairement des paroles. Un écrivain d’aujourd’hui, Philippe Claudel, le démontre splendidement ; Monsieur Lynn, un vieillard vietnamien emmené en France loin de tout ce qu’il a connu, ignore absolument la langue de l’homme qui s’assoit un jour près de lui sur un banc public. Aucune parole entre eux, mais quel échange au fil des jours ! Un échange qui fait re-naître à la vie, un échange qui fait sourdre la joie du cœur.
Mais alors que pense Jésus quand il dit : « Vous êtes mes amis si vous faîtes ce que je vous commande ». Cette parole de ‘commandement’ sonne étrange entre amis. Mais de quel commandement s’agit-il ? Jésus l’a dit juste auparavant : « Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Le commandement, c’est que ses disciples s’aiment les uns les autres. S’ils ne le font pas, ce n’est pas tant une affaire de désobéissance qu’une affaire de barrage fait à cet amour dont Jésus les aime.   Le commandement, c’est de ne pas arrêter le courant de l’amour. Car, alors, cesse l’échange et l’amitié.
La qualité de l’échange, c’est justement ce que Jésus donne comme autre caractéristique de l’amitié quand il dit : « Je vous appelle amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître ». Les amis de Jésus sont sur un pied d’égalité avec lui. La preuve, c’est la qualité de ce qu’il leur confie : tout ce qu’il a appris, il le leur donne.
Il reste encore une phrase où Jésus dit tout le prix que ses amis ont pour lui. Que valent-ils ? rien de moins que sa propre vie. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».  Les amis, ses amis, tous ses amis : les aimer, c’est toute sa vie, et, s’il le faut, il est prêt à la donner pour eux.
Et c’est ce qu’il fera. Par là, il démontrera ce qu’a été toute son existence et ce qu’elle est éternellement : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Il a aimé le premier. Il propose son amitié, son amour, Lui qui n’est que cela. Il la cherche et il l’espère plus que tout ce que nous pouvons imaginer ou concevoir, comme dira S. Paul.  Il la  cherche et il l’espère bien plus que tout ce qui, à nos yeux terriblement myopes, paraît en nous faire obstacle, paraît comme lui barrer le passage. Mais Jésus nous rejoint bien plus profond que toutes ces impressions et sentiments qui nous habitent. Rien ne l’empêche jamais de nous aimer comme le Père l’aime lui.
Et cette amitié-là éveille le cœur tout grand à l’amitié, à l’amitié les uns pour les autres, sans barrage, sans limite.
C’est Jésus faisant sourdre ce courant-là que nous célébrons dans chaque Eucharistie.

Père Abbé

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