Nuit Pascale 2012

Et voilà tout ce que contient l’Évangile selon S. Marc sur la résurrection de Jésus. C’est un récit un peu troublant à cause de sa finale abrupte. L’événement semble disparaître dans le silence et la peur. Mais disparaît-il vraiment ?
Ces femmes qui se mettent en route à la fin du sabbat sont des fidèles parmi les fidèles. Au moment où Jésus expira sur la croix, elles étaient là. « Il y avait des femmes, écrit S. Marc, elles regardaient de loin ; parmi elles, Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres femmes, qui étaient montées avec lui à Jérusalem ». Et S. Marc nous signale aussi qu’à la mise au tombeau, « Marie Madeleine et Marie mère de José regardaient l’endroit où on l’avait mis ». Ce sont les trois femmes nommées que l’on voit revenir vers le tombeau dès le matin de Pâques, soucieuses de faire honneur au défunt en embaumant son corps. Elles ont hâte de le servir. Elles lui accordent la première place dans leur vie, elles se mettent en route « de grand matin », « dès le lever du soleil ».
On leur annonce la résurrection de Jésus. Le tombeau est ouvert, la pierre a été roulée, un ange un envoyé du Seigneur est là et le leur dit.     Déjà voir l’ange les saisit de peur. Mais son discours les perturbe davantage encore. Et c’est là-dessus que se termine l’Évangile.
On s’attendrait à ce que les femmes brûlent de revoir Jésus et s’élancent vers la Galilée. Or, ce n’est pas le cas : elles sortent mais pour s’enfuir.     On s’attendrait à ce qu’elles se répandent en paroles et communiquent la nouvelle à l’univers. Or, c’est le silence, elles ne disent rien à personne. On s’attendrait à ce qu’elles soient transportées de joie. Or, non : elles sont toutes tremblantes et c’est la peur qui les habite.
Ces femmes sont des non-messagères du message de l’ange. Ce message, justement, les dépasse ; et du coup, il reste là suspendu, à l’état d’annonce, annonce attendant encore réception.
Mais le contenu de l’annonce existe. L’ange est très bref : « Celui que vous cherchez, Jésus de Nazareth le Crucifié ? Il est ressuscité. » Cet homme bien identifié n’est pas resté prisonnier de son tombeau, il s’est levé. Ce crucifié est vivant : il est à rencontrer, dit l’ange, il est à voir. Pour tout dire : il les attend !
En cette nuit de Pâques, Jésus le crucifié, le ressuscité, nous attend nous aussi. Le croyons-nous ?  Il nous attend dans nos Galilées à nous, il nous précède quel que soient maintenant notre vie, nos idées, nos sentiments, nos faits et gestes. Il nous attend, lui vivant, Dieu devenu pour toujours humble frère en humanité.

Père Abbé

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