Jeudi Saint 2012

Dans cet Evangile, on attend un mot qui ne vient pas. Les faits, les gestes le disent. « Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, dit Jésus, et vous avez raison ». Et donc comprenez toute la portée du geste que je fais, celui de me mettre à vous laver les pieds. Ce geste n’est pas d’un ‘Maître’ ni d’un ‘Seigneur’ mais de leur opposé : c’est le geste d’un serviteur.
Et notre condition à nous, est-elle celle de ‘maître’ ou celle de ‘serviteur’ ? Le prophète Jérémie en dit quelque chose quand il s’adresse à Israël. C’est un double méfait que le peuple a commis : ils se creusent des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau ; et surtout ils abandonnent le Seigneur, lui la source d’eau vive. Non seulement ils l’abandonnent, mais ils refusent toute allégeance. « Depuis toujours tu as brisé ton joug, tu as rompu tes liens ; tu dis : ‘Je ne servirai pas’ ».
Le résultat n’est pas très brillant. Israël n’en est pas devenu libre pour autant. « Tu n’es pas né dans la servitude, lui dit Jérémie, mais c’est parce que tu as abandonné le Seigneur ton Dieu que tu mènes cette vie d’esclave ».
L’Evangile de ce jour, et toute la célébration de ce jeudi saint, est la réponse à ce « je ne servirai pas » lancé à Dieu. Jésus montre tout ce qu’il est en se mettant au service de tous, y compris du vaurien, du traître.
Tout ce qu’il est, S. Jean nous le rappelle justement en une phrase excessivement longue. Jésus est venu de Dieu et retourne à Dieu, il va passer à son Père, qui a tout remis entre ses mains. Il est donc le Fils. Il est aussi homme parmi les hommes, ces hommes qui sont sa famille aussi, eux qui sont « les siens », eux qu’il a aimés au long des jours et qu’il veut aimer jusqu’au bout. Ce Jésus, qui est du Père et qui est des hommes, qui est Dieu, qui est ‘Maître’ et ‘Seigneur’, est aussi leur serviteur. Il lave les pieds de ses compagnons, quels qu’ils soient, purs ou impurs, bons et mauvais, traîtres aussi bien que fidèles.
Par cette attitude de service, si rebutante pour Pierre mais aussi pour nous, Jésus donne à l’avance l’interprétation des évènements qu’il est sur le point de vivre, lui que les chefs du peuple ont décidé de faire mourir. Sous les coups et sur la croix, il ne sera pas une victime de plus tombée aux mains des hommes. Il sera ce qu’il a toujours été : le serviteur de tous, accueillant à tous et offrant son amitié à chacun en se donnant totalement pour chacun de nous. Le pain, « son corps pour nous », la coupe de vin, « son sang, sang d’une nouvelle alliance », seront les symboles du don que, jusqu’au bout, il fait de lui-même.
Tout cela : pour nous, pour notre vie, pour avoir part avec lui, pour être des siens comme il fut des nôtres. Car le don qu’il nous fait n’est pas un avoir de plus, mais comme une brûlure du cœur, une brisure du fond de notre être. Là jaillit la source d’eau vive, celle qui nous rend nous-mêmes serviteurs de tous. Un serviteur qui chantera avec le psaume de cette fête :
« Comment rendrai-je au Seigneur,tout le bien qu’il m’a fait ?
Oui, je suis ton serviteur,moi dont tu brisas les chaînes. »

Père Abbé

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