Cinquième Dimanche de Carême

Si le grain de blé ne meurt pas…

Avec l’Évangile selon Saint Jean que nous venons d’entendre, nous sommes déjà dans les événements de la Passion de Jésus.  Le début du chapitre 12 de Saint Jean relate en effet l’onction de Béthanie et la réaction de Judas puis la procession des Rameaux.  Vient ensuite la péricope que nous venons d’entendre, et le chapitre se termine par la controverse sur la lumière et les ténèbres.
Les foules en liesse viennent d’acclamer le Messie entrant à Jérusalem.  Certains ont encore les palmes en mains, et souhaitent rencontrer personnellement Celui qu’ils ont acclamé.  Quelques Grecs craignant-Dieu s’approchent de Philippe et André, qui parlent grec, pour leur demander cette faveur.
Jésus répond de manière quelque peu surprenante :
L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié…
Jésus sait ce qui L’attend.  Depuis qu’Il a pris la route de Jérusalem, Il ne prévoit que trop bien que la mort l’attend, et cela malgré l’acclamation des foules.  Oui, Jésus « sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme », Il n’a pas besoin qu’on le Lui explique (cf Jn 6,64).
Dans l’Évangile que nous avons entendu la semaine dernière, Jésus s’adressait à Nicodème, un Pharisien au fait de la lecture et de l’interprétation de la Bible.  C’est pourquoi il utilisait une image biblique pour parler de sa mort :
De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert… (Jn 3,14)
Aujourd’hui Jésus s’adresse à des grecs et Il utilise une image qui leur parle davantage que les midrashim :
Amen, amen, je vous le dis :
si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ;
mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit.
Cette image agricole nous parle également à nous aujourd’hui davantage que la précédente.  Jésus nous invite ensuite à Le suivre sur cette route du renoncement à soi et de l’amour de Lui et de son Père.  Nous aussi, nous devons être prêts à donner notre vie.
Jésus est bouleversé de ce qu’Il dit, bouleversé également de savoir que sa fin approche.  Malgré, peut-être même justement à cause de l’acclamation par les foules le jour des Rameaux, Jésus sait que les chefs du Peuple sont sur le point de décider de son sort.  Tout Juif en effet qui ne suit pas la Loi telle que le Sanhédrin l’interprète était passible de mort.  Jésus qui a multiplié les transgressions, miracles et guérisons le jour du Sabbat, savait donc qu’il encourrait la peine capitale.
Dans son récit de la Passion, Saint Jean note que Jésus est capturé dès son arrivée au jardin de Gethsémani (Jn 18,4), tandis que les Synoptiques décrivent l’agonie de Jésus à Gethsémani et ils précisent qu’il transpira du sang et de l’eau (Lc 22,44).  Pour Saint Jean donc, Jésus agonise en public et en plein jour :
Maintenant je suis bouleversé. Que puis-je dire ?
Dirai-je : Père, délivre-moi de cette heure ?
– Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !
Père, glorifie ton nom !
C’est dans ces petites phrases que l’on sent combien Jésus est bouleversé jusqu’au fond de l’âme.
Alors que dans le Jardin ce sont les anges qui viennent réconforter Jésus (Lc 22,43), ici c’est la voix du Père qui retentit pour répondre à Jésus et à ses interlocuteurs :
Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore.
Alors que le Carême touche à sa fin, ou aboutit à son sommet, mettons nos pas dans les pas de Jésus et « mourons avec lui » pour « ressusciter avec lui ».
Si le grain de blé ne meurt pas …

Frère Bernard-Marie

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