Trentième Dimanche du T.O.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu…

Saint Matthieu, dans son Évangile, décrit l’activité de Jésus à Jérusalem sur une longue période, depuis l’entrée messianique au chapitre 21 jusqu’au début de la Passion au chapitre 26.  Ce fut une période d’opposition de plus en plus ouverte entre Jésus et les chefs du peuple, qu’ils soient Pharisiens, Sadducéens ou même Hérodiens.  À plusieurs reprises dans cette même séquence, il est précisé que les foules étaient heureuses d’entendre l’enseignement de Jésus, étonnées, parfois émerveillées des réponses à ses détracteurs (Mt 22,22.33.46).
C’est dans cet environnement que la lecture de l’Évangile de ce matin commençait par cette phrase :
Les Pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux Sadducéens,
un docteur de la Loi posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve.

La question qui est posée à Jésus était à l’époque tout à fait courante : comment pourriez-vous résumer en quelques sentences l’ensemble des Livres de la Loi ?  Rappelons-nous que les autres évangélistes rapportent également cette question, mais dans un tout autre contexte.  Chez Saint Marc le scribe confirme qu’il a compris la réponse de Jésus, qui lui dit alors :
Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu.
(Mc 12,34)
Tandis que chez Saint Luc un légiste répond à la question de Jésus : dans la Loi, qu’est-il dit que tu dois faire pour avoir la vie éternelle ?  (cf. Lc 10,27)
La question pouvait être un piège, puisqu’on dit que la Loi comprend 613 préceptes à pratiquer pour avoir part au Royaume.  Comment alors trouver le « premier » de ces préceptes ?  C’est ici que Jésus approfondit la religion en proposant comme premier commandement celui qui ouvre le Décalogue : Tu aimerais le Seigneur ton Dieu (Dt 6,5) suivi du second qui lui est semblable, que Jésus a extrait du Lévitique : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lv 19,18).
Nous avons ici les deux grands commandements de la religion chrétienne, que nous retrouvons souvent ensemble.  Saint Jean, dans sa première Épître, insiste sur le fait que l’amour de Dieu et l’amour de nos proches vont de pair, lorsqu’il écrit :
Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas.
Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui :
que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.
(1Jn 4,20-21)
Dans sa Règle, au Chapitre 4 « Quels sont les instruments pour bien agir », Saint Benoît place les deux premiers commandements côte à côte et en tête  de la liste des « instruments », pour bien montrer que la vie monastique est d’abord une vie à la suite du Christ et de son enseignement à bien agir.
Saint Bernard quant à lui ne fut pas en reste pour nous enseigner comment aimer Dieu et son prochain.  Dans son Traité de l’Amour de Dieu, l’abbé de Clairvaux qui aime les phrases choc que l’on retient aisément, se plaît à dire que
La raison d’aimer Dieu, c’est Dieu même, et
la mesure d’aimer Dieu, c’est de l’aimer sans mesure.
(Dil I,1)
Et plus loin, dans ce même traité, Saint Bernard affirme, en se référant à l’enseignement de Jésus que nous venons d’entendre :
Pour moi, je ne crois pas qu’on puisse observer parfaitement ce précepte :
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit, tant que le cœur est obligé de s’occuper du corps, que l’âme n’est pas dispensée de veiller à le conserver plein de vie et de sensibilité dans l’état présent, et que son énergie, délivrée de toutes nos misères, ne s’appuie pas sur la force même de Dieu, car elle ne saurait s’appliquer à Dieu et ne contempler que sa face divine, tant qu’elle doit veiller sur ce corps fragile et malheureux et lui donner ses soins. (Dil X,29)
Sur la route que nous avons à parcourir sur terre, Jésus nous donne le viatique de son propre corps.  La participation à cette Eucharistie nous permet de renforcer notre amour fraternel entre chrétiens et entre les membres de nos communautés de vie.   Vivant déjà de l’amour enseigné par Jésus nous nous préparons ainsi à la grande rencontre, lorsque nous verrons Dieu face à Face et que nous pourrons L’aimer comme Il nous aime.

Frère Bernard-Marie (Abbaye de Belval)

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