Trente-et-unième Dimanche T.O.

Aujourd’hui Jésus a affaire à une bonne vieille maladie humaine : les ambitions dévorantes, l’insatiable appétit de gloire.
Ce jeu fait bien des ravages : il écrase le voisin tout en rendant creux celui qui court après les premières places. Bien sûr, une dose d’ambition ne fait pas de tort, elle dynamise, mais, quand elle envahit l’horizon intérieur, elle devient dévastatrice. Et c’est une des difficultés du service essentiel  à rendre dans les domaines politique, économique, social, et…dans l’Eglise aussi.
Et c’est notre question aujourd’hui : au service de Dieu, comment s’y prendre ? Les trois lectures surabondent de figures bien parlantes, que ce soit dans l’Ancien Testament avec le prophète Malachie, ou le Nouveau Testament avec le discours de Jésus et ce qu’écrit S. Paul à ses Thessaloniciens.
Jésus s’en prend à tous ceux qui, dans la religion, la détournent à leur profit et exploitent leur position. « Ils disent et ne font pas ». Ils agissent toujours pour être vus. Ils aiment les places d’honneur et les titres. C’est une vieille histoire. Déjà au Vème siècle avant Jésus, le prophète Malachie attaquait de front les prêtres du Seigneur. « Vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude, vous avez perverti mon alliance avec vous ».
Ces reproches ne sont pas périmés, et il est bon de les réentendre. Jésus n’est pas venu, en effet, pour continuer ce genre de comportement qui mène tout le monde à la ruine, à la destruction mutuelle. Il est venu, au contraire, pour nous en délivrer, en nous ouvrant à un type de relation auquel nous n’osions espérer. Il resitue tout ce qui nous habite, nous personnellement et nous comme société, comme communauté, par rapport à un autre que, déjà, Malachie appelait « Père ». « Et nous, le peuple de Dieu, disait-il, n’avons-nous pas tous un seul Père ? (…) Pourquoi nous trahir les uns les autres ? » Et Jésus nous renvoie à son Père, l’unique « Père » : « Ne donnez à personne sur terre le nom de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux ».
S. Paul se montre un vrai prédicateur de Jésus. Il se donne tout entier à sa tâche, mais il n’arrête pas le regard sur lui, bien au contraire !
D’un côté, il déploie toutes ses possibilités humaines au service de Jésus. Il rappelle aux Thessaloniciens qu’il s’est comporté envers eux comme une mère qui « entoure de soins ses nourrissons » ; et qu’il aurait voulu leur donner tout ce qu’il est lui-même.  Et il ajoute dans le passage suivant qu’il fut aussi pour eux   un « père qui a exhorté, encouragé, adjuré chacun d’eux à mener une vie digne de Dieu ».
Et pourtant, malgré tout cet investissement personnel, l’Apôtre ne réclame rien pour lui-même. Il ne cherche pas à plaire aux hommes. La seule chose qu’il cherche est de plaire à Dieu. « Vous êtes témoins, et Dieu l’est aussi, dit-il, combien notre attitude envers vous, les croyants, a été sainte, juste, sans reproche ».
Ce Paul a fait connaître la Parole de Dieu, non pour son profit, pour sa gloire personnelle. Il a laissé la parole transparaître pour ce qu’elle est réellement : non pas parole d’homme, mais vraiment parole de Dieu. Ce sont de tels envoyés que le Christ ressuscité et l’Esprit Saint se choisissent, hier aujourd’hui et demain, au service de la Parole semée dans tous les cœurs.

Père Abbé

Cette entrée a été publiée dans Homélies 2011. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.