Vingt-et-unième Dimanche du Temps Ordinaire

Simon, fils de Jonas

Trois fois dans la vie de Pierre, Jésus l’appelle de son nom officiel, « Simon, fils de Jean » ou fils de Jonas, en hébreu « Simeon Bar Jonas ».  Trois fois il s’agit d’un tournant important dans la vie de l’apôtre en même temps que dans la relation entre Jésus et son disciple.
La première fois, c’est au début de l’Évangile selon Saint Jean, lors de l’appel des premiers disciples.  Jésus regarda Simon arriver vers lui et lui dit :
Tu es Simon, le fils de Jean ; tu t’appelleras Céphas (Pierre) (Jn 1,42)
Pour Saint Jean, Pierre suivit Jésus immédiatement, tandis que pour Saint Matthieu c’est après une première pêche miraculeuse que Pierre quitta tout après que Jésus eut dit à Pierre et à André son frère :
Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. (Mt 4,19)
La seconde fois que Jésus appelle Simon-Pierre de son nom officiel, c’est dans l’évangile que nous venons d’entendre, après la profession de foi de Pierre.  Et la troisième fois, c’est à nouveau sur les rives du lac de Galilée, après la résurrection de Jésus, lorsque celui-ci demande à Pierre, par trois fois :
Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? (Jn 21,15-17)
L’Évangile de ce matin et l’apparition de Jésus ressuscité donnent tous deux le même message à Pierre et à tous les disciples de Jésus : Pierre est nommé chef de l’Église naissante.  Il est la pierre sur laquelle Jésus bâtit son Église.  À Césarée de Philippe Jésus annonce également que les forces du mal ne pourront rien contre l’Église malgré l’acharnement de mauvais à la faire tomber.
Aujourd’hui, dans l’Évangile, Jésus nomme Pierre chef de l’Église.  Nous sommes à un tournant de la vie de Jésus, puisque juste après la déclaration solennelle par Pierre à Jésus disant « Tu es le Messie », Jésus devra annoncer aux disciples qu’il monte à Jérusalem pour y être mis à mort.  La nouvelle vocation que Pierre vient de recevoir l’aidera à ne pas sombrer complètement lorsque les événements iront en sens contraire de ce qu’il imaginait.  Rappelons-nous que lors de la dernière cène, avant sa passion, Jésus a dit à Pierre :
J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas.
Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères.
(Lc 22,32)
Lorsque Jésus posa à Pierre par trois fois la question : Pierre, m’aimes-tu ?, celui-ci se rappelait certainement d’abord son triple reniement du vendredi saint.  Mais, à la réponse de Jésus : Sois le berger de mes brebis, il devait se rappeler la confession de foi de Césarée et la mission qu’il avait reçue à cet instant.
Nous voyons là que l’appel de Dieu sur nous est sans repentance.  La faute de Pierre est effacée par la triple confirmation de son amour de Jésus.  L’appel de Césarée de Philippe est explicité au bord du lac de Galilée.  Pierre, plus tard, se rappela certainement sa propre fragilité et la confiance renouvelée que Jésus mit en lui.
Chacun de nous, nous avons une vocation qui nous a été donnée par Dieu.  Qu’en faisons-nous ?  Acceptons-nous de continuer notre route, cahin caha, comme Pierre, malgré nos chutes ?  Ou bien continuons-nous contre l’appel de Dieu au point qu’un jour Il nous chassera comme Il a chassé le gouverneur Shebna ?  Reconnaissons que Dieu est Dieu et que nous sommes ses créatures.  Disons avec l’apôtre :
Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu !
Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables !
Car tout est de lui, et par lui, et pour lui.
À lui la gloire pour l’éternité ! Amen.

Frère Bernard-Marie (Abbaye de Belval)

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