Chapitre 64 – De l’institution de l’Abbé (suite)

UNE FOIS INSTITUÉ, l’abbé considérera sans cesse quelle charge il a reçue et à qui il rendra compte de sa gestion.
Il saura qu’il lui faut plutôt servir qu’être servi.
Il faut donc qu’il soit instruit de la loi divine, pour savoir où puiser le nouveau et l’ancien. Qu’il soit chaste, sobre, compatissant,
et qu’il fasse toujours passer la miséricorde avant le jugement, pour être traité de même.
Il haïra les vices, il aimera les frères.
Quand il aura à corriger, il le fera avec prudence et sans excès : il ne faut pas qu’en voulant gratter la rouille, il brise le vase.
Il aura toujours à l’esprit sa propre fragilité, et se souviendra qu’il ne faut pas piétiner le roseau cassé.
Cela ne veut pas dire qu’il permettra d’entretenir les vices. Non, il les éliminera avec prudence et charité, dès qu’il verra que cela s’impose dans tel ou tel cas, comme nous l’avons déjà dit.
Qu’il cherche à se faire aimer plus qu’à se faire craindre.
Il ne sera ni agité, ni anxieux, ni excessif, ni obstiné, ni jaloux, ni soupçonneux, sans quoi il n’aura pas de repos.
En donnant ses ordres, il sera prévoyant et circonspect. Qu’il commande un travail pour Dieu ou pour la terre, il agira avec réflexion et mesure,
ayant à l’esprit la discrétion de saint Jacob disant : Si j’exténue mes troupeaux par une marche forcée, ils mourront tous en un jour.
Attentif à ces témoignages et à d’autres de discrétion, la mère des vertus, qu’il fasse tout avec tant de mesure que les faibles eux-mêmes ne renoncent pas à l’idéal des forts.
Surtout qu’il observe en tout point la présente règle.
Alors, ayant bien administré, il entendra du Seigneur ce qu’entendit le bon serviteur qui, en temps voulu, donna de la nourriture aux serviteurs comme lui :
En vérité je vous le dis, il l’a établi sur tous ses biens.

 

21 avril
21 août
21 décembre

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