Christ Roi de l’Univers, Année A

Ez 34, 11-17 ; 1 Cor 1, 20-28 ; Mt 25, 31-46.

 

+

 

Il y a des mots qui, dès qu’on les prononce, éveillent dans notre imagination tout un univers. Ainsi en est-il pour le titre de Roi, que la liturgie de ce jour attribue au Christ. Ce nom évoque tout de suite pour nous la puissance, la force et la domination, la grandeur, la richesse et la gloire ; et il fait jaillir de notre mémoire des paysages de rêve, des palais somptueux et des vêtements luxueux. Mais toutes ces images risquent aussi de nous empêcher de comprendre ce qui est vraiment en jeu, lorsque l’Eglise nous invite à célébrer le Christ Roi de l’Univers !

En effet, les lectures de ce jour nous invitent à changer notre regard, même si elles évoquent « le pouvoir royal » du Christ, et le décrivent siégeant « sur son trône de gloire ». Pourtant, l’image qu’elles nous révèlent de Sa Royauté vient briser, en quelque sorte, ce que nous imaginons naturellement. Il ne s’agit plus de puissance et de domination, mais d’amour. Pour le Christ, régner c’est aimer.

C’est pourquoi la scène, qui nous est décrite par Saint Matthieu, a quelque chose de tout à fait singulier. Si le décorum est bien celui d’une cour royale, si le cérémonial est bien celui d’une remise de récompenses pour services rendus, par contre, la nature de ce service bouleverse complètement nos points de repère. A tous ceux qui s’étonnent, Jésus révèle en effet que le Roi véritable, ce n’est pas sur un trône, mais plutôt en chacun « de ces petits », qu’il nous faut le chercher.

Par sa mystérieuse Royauté, le Christ ne cherche pas à attirer les regards et les honneurs sur Lui-même, mais sur tous ces pauvres et ces petits, dont Il nous révèle la dignité infinie. En mourant pour chacun d’entre nous, en donnant sa vie pour chacun d’entre nous, le Christ a fait de chacun d’entre nous,  de chaque être humain, aussi pauvre et insignifiant soit-il, un roi. Nous sommes devenus  un peuple de rois.  Et la marque de ce royaume, ce n’est ni la puissance, ni la force, ni la richesse, mais c’est l’amour.

En faisant de leurs monastères des « écoles de l’amour », les Pères de Cîteaux ont donc fait de nos communautés des écoles du Royaume. Le Royaume est déjà là, au milieu de nous, chaque fois que nous préférons l’amour et le service de nos frères à notre propre intérêt, à notre confort et notre tranquillité.  Le Royaume grandit, au milieu de nous et en nous, chaque fois que nous donnons du meilleur de nous même, simplement par amour. Le Royaume devient une réalité, il s’inscrit en ce monde, chaque fois que nous osons tendre la main à celui qui a besoin d’être aidé, aimé et honoré.

Des premières communautés chrétiennes, on ne disait pas : « Voyez comme elles sont riches ! Voyez comme elles sont nombreuses ! Voyez comme elles sont puissantes » ! Non, mais on s’émerveillait en disant : « Voyez comme ils s’aiment » ! Ce qui peut toucher le cœur le plus dur, ce qui peut faire changer la situation la plus insupportable, ce qui peut éveiller la joie dans le cœur le plus endolori, c’est seulement l’amour. Seul l’amour peut faire des miracles, aujourd’hui comme hier. L’amour seul est digne foi !

 

Cette entrée a été publiée dans Homélies 2005. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.