Premier Dimanche de l’Avent, Année B

27 Novembre 2005

1er Dimanche de l’Avent

Année B.

 

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Is 63, 16-19 & 64, 2-7 ; 1 Cor 1, 3-9 ; Mc 13, 33-37 .

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C’est à travers de multiples images, empruntées à toutes les réalités de l’existence humaine, que l’Ecriture exprime ce que signifie l’attente pour le peuple d’Israël. Il y a le cri désespéré du peuple pris au piège de la mer et de ses poursuivants, il y a la plainte angoissée de la ville assiégée, ou encore l’attente joyeuse d’une naissance, que l’on n’espérait plus, et la quête éperdue de la bien-aimée à la recherche de son bien-aimé, dans les rues de la cité désertée. La Bible est tissée de ces multiples quêtes, qui mêlent la peur au désir, l’angoisse à l’espérance.

Pourtant, ce n’est par aucune de ces images, que Jésus a choisi d’évoquer, dans l’Evangile de ce jour, l’attente de sa venue. On pourrait même avancer que cette attente est tout à fait à l’opposé de toutes ces images. Car, ce qui semble guetter ceux qui attendent le retour du Maître, ce n’est ni l’angoisse, ni la passion amoureuse, ni même le désir, mais bien plutôt la lassitude, l’ennui, le sommeil. Jésus semble vouloir dépouiller notre attente de tous les oripeaux romantiques, dont nous affublons habituellement nos passions, pour la présenter dans sa nudité, son aridité, sa pauvreté.

Tel est bien, d’ailleurs, le constat que faisait déjà le prophète Isaïe, dans la première lecture. Une fois passé le temps des fiançailles, le temps du premier amour, voilà le temps de l’errance qui s’ouvre : « pourquoi Seigneur, nous laisses-tu errer hors de ton chemin, pourquoi rends-tu nos cœurs insensibles à ta crainte ? » Isaïe ne juge pas. Il ne condamne pas. Il constate. Il y a un moment où, que nous le voulions ou non, notre désir va s’étioler, notre joie s’éteindre, notre passion s’évanouir. Nous ne pourrons plus réveiller en nous tous ces grands sentiments qui nous faisaient vivre jusqu’alors. En asséchant nos sources, Dieu nous pousse au désert.

Car l’attente est un désert. Elle ne peut même véritablement s’épanouir que là où tout ce qui nous retenait, tout ce qui nous permettait d’avancer, tout ce qui nous aidait à tenir debout, s’efface. L’attente de Jésus suppose ce passage terrible par la nuit, le vide, l’absence, où plus rien ne nous tient, plus rien ne nous retient, mais où nous tenons quand même, presque malgré nous. Isaïe le traduit dans cette formule émouvante, après avoir amèrement constaté nos errances : « et pourtant, nous serons sauvés » !

Saint Paul le redit aussi admirablement, dans le passage de la première épître aux corinthiens, que nous avons écouté, en seconde lecture. « C’est Lui qui vous fera tenir solidement jusqu’au bout ». Oui, c’est Lui qui nous fera tenir. C’est Lui qui nous tient, quand plus rien ne nous retient. C’est pour cette raison, pour que nous en fassions l’expérience bouleversante, qu’il nous ôte, l’un après l’autre, tous ces appuis sur lesquels est bâtie notre vie.

Ainsi, l’attente, dont Jésus nous dévoile aujourd’hui le mystère, n’a plus rien à voir avec ces grands élans du cœur, ou avec ces splendides réussites pleines de certitudes. Elle est pauvreté, humilité, nudité. Elle ne sait plus rien, sinon qu’elle est attendue. Saint Paul, dans une de ces formules, dont il a le secret, et qui, à elle seule, peut résumer toute la signification spirituelle de l’Avent, nous en dévoile l’unique raison : « Dieu est fidèle » !

Non pas moi, non pas toi, non pas nous, mais Lui. « Dieu est fidèle » !

 

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