2ème Dimanche de l’Avent, Année B

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Is 40, 1-5.9-11 ; 2 P 3, 8-14 ; Mc 1, 1-8.

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« A travers le désert, une voix crie » ! Si Dieu veut se faire entendre, s’Il veut toucher le cœur des hommes, pourquoi donc crier « à travers le désert » ? Pourquoi crier là où nulle oreille ne peut l’entendre ? Pourquoi crier dans le silence du désert ?

Le passage de l’Evangile de Marc, que nous venons d’entendre, est, en quelque sorte, la réponse à cette interrogation. Jean-Baptiste s’est retiré dans le désert, il a vécu là, se nourrissant de ce qu’il trouvait. Il n’a rien fait pour attirer les foules, et pourtant elles sont venues, parfois même de très loin, intriguées par cet homme qui avait choisi de tout quitter pour Dieu.

Car tel est bien le miracle de la Parole de Dieu. En touchant celui qui l’écoute, en bouleversant l’existence de celui qui la porte, elle transforme sa vie tout entière en parole, au point que son silence lui-même devient plus éloquent que toute parole humaine.

Tel est bien le paradoxe de la vie de Jean le Précurseur : en devenant silence, en s’enfonçant dans la solitude du désert, sa vie tout entière est devenue le cri plus éloquent qui ait jamais été entendu. Il fallait tout ce silence, cet extrême dépouillement du désert, ce terrible effacement de la solitude, pour que soit enfin annoncée la Parole véritable, le Christ, le Verbe de Dieu !

Les premiers moines ont reconnu en Saint Jean-Baptiste une figure du mystère de leur propre vocation. Comme tous les chrétiens, ils se sentaient appelés, eux aussi, à proclamer la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ. Mais ils ont aussi compris combien ce départ au désert était déjà, en lui-même, une parole. Au désert, on ne peut plus mentir, ni à soi-même, ni aux autres. Au désert, les apparences et les faux semblants se dissipent comme la brume du matin.

Notre époque est saturée de paroles, elle étouffe sous l’éloquence boursouflée des promesses non tenues et des discours creux. Les hommes de notre temps ont simplement besoin de silence, pour entendre le murmure de cette brise légère qui ne cesse de les appeler, depuis les origines du monde et de leur dire : « où es-tu » ? Ils ont besoin du témoignage silencieux d’hommes comme eux, d’hommes pauvres et fragiles, qui se sont laissés entraîner au désert.

Cette attente de nos contemporains rejoint mystérieusement la figure de Jean le Précurseur. Jean savait qu’il n’était pas digne de sa mission, il était lui aussi partagé entre l’attente de « celui qui doit venir », et le doute : « es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre » ? Jean n’a pas terminé son existence de manière très glorieuse. Jeté au fond d’un cachot, parce qu’il avait osé dire la vérité aux puissants, troublé par le comportement de celui même qu’il avait pourtant tant attendu et annoncé, Jean est mort seul, sans un cri, dans un autre désert.

 

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