4ème Dimanche de l’Avent, Année B

C’est par une de ces expressions, dont il a le secret, que Saint Paul nous offre une synthèse étonnante des lectures de ce jour. En effet, à travers l’histoire du Roi David, comme dans le récit de l’Annonciation à Marie, nous sommes mis en présence de l’un des plus prodigieux mystères, qui ait pu toucher et transformer la destinée de l’humanité, il s’agit de ce que l’Epître aux Romains désigne, en une formule énigmatique, sous le nom de « l’obéissance de la foi » .

Cette expression résume, en effet, à elle seule, tout le chemin parcouru par les hommes depuis la création du monde et le péché des origines, ainsi que tout le chemin qui nous reste à parcourir, dans notre propre histoire personnelle. Mais, de quoi Saint Paul parle-t-il donc, lorsqu’il nous annonce que c’est bien pour qu’elles parviennent à cette « obéissance de la foi », que Dieu a décidé de révéler, « à toutes les nations », le mystère qui « était resté dans le silence depuis toujours »?

« L’obéissance de la foi » se distingue d’abord, mais sans s’y opposer, de toutes les autres formes d’obéissance, d’écoute, qui façonnent nos existences humaines. En effet, tout être humain, toute société humaine, doit apprendre à connaître et respecter toutes les lois de la nature, simplement pour survivre. Cette écologie, au sens large du terme, n’englobe pas seulement le respect de notre milieu naturel, mais elle concerne également les structurations et les modes de vie des groupes humains, dans lesquels nous vivons. Notre première forme d’obéissance s’applique donc au monde dans lequel nous vivons, à ce réel sur lequel nous sommes appelés à construire.

L’obéissance de la foi se distingue également d’une autre forme d’écoute, qui est exaltée dans toutes les Ecritures, et en particulier dans ce fameux psaume 118, que nous chantons chaque jour, à Tierce. En effet, à cet ordre du monde, s’ajoute le sens profond que Dieu a voulu donner à Sa création, à travers la Torah, la Loi de Dieu. Cette « obéissance à la Loi » n’est pas dépassée, elle non plus, car elle se retrouve jusque dans le Nouveau testament, où Jésus affirme que, loin d’être venu abolir la Loi, il est au contraire venu l’accomplir, et Il donne même, à ses disciples, une Loi nouvelle, un commandement nouveau, le commandement de l’amour, qui résume et achève  toute la Loi.

Pourtant, lorsque Saint Paul, puis l’Epître aux Hébreux, font l’éloge de « l’obéissance de la foi », ils veulent nous faire découvrir une autre obéissance, qui  se situe à une profondeur insoupçonnée.  De la foi d’Abraham à la foi de Marie, se dévoile, en effet, toute une lignée de croyants qui, dans le silence et l’humilité, ont permis que jaillisse, du plus profond de son être, ce « oui » de Marie, qui a changé la face de l’histoire et du monde.

Mais, en consentant à entrer dans le chemin de « l’obéissance de foi », Marie se trouve confrontée à l’impossible, que lui oppose la nature, et au blâme qui risque de retomber sur elle, à cause de la Loi. Cependant, Marie ne se défend pas, elle ne cherche pas d’échappatoire, elle ne craint pas, elle ne doute pas. Elle ose croire en cette Parole qui lui est dite. Elle ose s’aventurer sur les chemins de l’impossible et du danger. Elle sait que Dieu peut tout, quand tout semble perdu, parce qu’Il est le « Maître de l’impossible » .

Sa réponse est simple et transparente: « Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole »! Tout est dit, et pourtant il lui restera encore à vivre à l’écoute de cette Parole, qui a pris possession de sa vie, et l’entraînera bien au-delà ce ce qu’elle aurait pu imaginer. Sur ce chemin de « l’obéissance de la foi », Marie est devenue notre guide et notre maître.

Frères et soeurs, la Parole de Dieu est dangereuse! Elle risque de nous entraîner, nous aussi, comme Abraham, comme Marie, au-delà, bien au-delà des limites et des frontières du connu de ce monde. Oserons-nous reprendre le « oui » de Marie, à la suite de cette foule de témoins qui nous ont précédés, et qui nous ont ouvert le chemin de la foi, et redire à notre tour: « qu’il me soit fait selon ta parole »?

 

 

 

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