Jubilé de 60 ans de profession monastique de Frère André-Louis

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Act 4, 13-21 ; Jn 6, 30-35.
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Nous sommes rassemblés, ce matin, dans cette Eglise du Mont des Cats, pour célébrer les soixante années de profession monastique de notre frère André-Louis. soixante années dont une bonne part, la plus chère à son coeur, s’est déroulée à Madagascar. C’est là-bas que notre frère a pu déployer ses talents pour que s’enracine, petit à petit, la vie contemplative cistercienne. Mais, comme tous les fondateurs, il lui a fallu, à un moment, laisser à d’autres le soin de récolter ce qu’il avait contribué à faire grandir. Au début de cette Eucharistie, demandons au Seigneur de nous donner cette même liberté, pour que notre vie monastique demeure missionnaire, tournée vers tous ces hommes qui attendent la révélation de cet Amour qui dépasse tout amour.

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Dans l’Evangile, que nous venons d’entendre, Jésus est aux prises avec la foule, dans un dialogue plein d’ambiguïtés, comme Saint Jean les aime. De quel pain parle-t-on? De quelle faim et de quelle soif s’agit-il? A ceux qui voudraient l’enfermer dans les limites étroites de leur religiosité, Jésus répond par un défi qui, à terme, lui vaudra le rejet et la mort: « Je suis le pain de vie ». Ce « Je suis »  nous renvoie au Nom que Dieu Lui-même se donne, lorsqu’Il répond à la question de Moïse qui Lui demande de lui révéler Son Nom: « Je suis celui qui est », ou « Je suis qui je suis ». Moïse qui, précisément, avait prié pour que Dieu envoie la manne au peuple d’Israël.

Et c’est bien ce Nom qui est au coeur de la discussion que nous rapportent  les Actes des Apôtres, dans la première lecture, que nous avons entendue. Ce dialogue est, lui aussi, teinté de surprise, d’incompréhension et de fermeté. Pierre et Jean se situent simplement comme des témoins, de simples témoins, qui ne peuvent nier l’évidence. Le miracle qui vient d’avoir lieu, ils n’y sont pour rien. C’est au Nom de Jésus, le Seigneur ressuscité, qu’il faut l’attribuer. Et c’est justement cet effacement plein d’assurance, qui ébranle leurs accusateurs, qui sont contraints, à cause de la simplicité des Apôtres, de se poser des questions.

Ce qui fait la force des Apôtres, ce qui leur donne du courage pour faire face à toutes sortes de contradictions, ce ne sont ni leurs capacités personnelles, ni leur propre assurance, mais c’est ce  qu’ils ont « vu et entendu ». C’est parce qu’ils sont témoins d’un Autre, et parce qu’ils ne s’attribuent rien, que la force leur est donnée de témoigner, sans crainte, devant tout le peuple.

Nous sommes là au coeur de toute vocation d’Apôtre, de toute vocation de chrétien, de toute vocation de moine. Ces soixante années de profession monastique de notre frère André-Louis, que nous célébrons aujourd’hui se situent précisément dans le droit fil de ce témoignage des Apôtres Pierre et Jean.

Si vous avez duré, cher Frère André-Louis, si vous avez pu traverser toutes ces années, et demeurer fidèle, c’est parce que Jésus a gardé la première place dans votre vie, ou plutôt, parce que vous n’avez jamais eu la prétention de prendre cette première place. Si vous vous étiez mis en avant, si vous aviez revendiqué pour vous ce qui Lui revenait, si vous aviez cherché votre propre intérêt, vous ne seriez plus là. Vous auriez choisi d’autres chemins, vous en avez bien conscience.

Et c’est justement parce que vous êtes resté à votre place de simple témoin, cette place humble et cachée, sans rien d’exceptionnel, que vous pouvez aujourd’hui témoigner qu’Il est le seul qui puisse apaiser votre faim et votre soif, notre faim et notre soif. C’est parce que vous vous êtes laissé mener, parfois dans l’obscurité et l’aridité, que vous êtes devenu, à travers votre pauvreté, témoin de Jésus Ressuscité.

 

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