Vingt-sixième dimanche du Temps Ordinaire

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Nb 11, 25-29; Jc 5, 1-6; Mc 9, 38-48.
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« Moïse mon maître, arrête-les !» L’attitude de Josué, fils de Noun, lorsqu’il entendit que des hommes prophétisaient dans le camp, sans avoir pourtant répondu à l’invitation de Moïse, est semblable à celle des disciples, qui voulaient empêcher « quelqu’un de chasser des esprits mauvais », parce qu’il ne faisait pas partie de ceux qui suivaient Jésus. Dans les deux cas, c’est le même attachement inconditionnel à leur maître qui empêche les disciples de reconnaître le bien qui est fait.

Dans les deux cas, d’une façon assez paradoxale, l’amour envers leur maître obscurcit, d’une certaine façon, aux yeux des disciples, la mission de ce dernier. Sans s’en rendre compte, ils sont devenus sectaires, prêts à défendre par la violence cette bonté qui les a bouleversés, et qu’ils voudraient maintenant garder pour eux-mêmes.

Mais la réaction de Jésus, comme celle de Moïse, corrige cette erreur. Le bien n’appartient à personne, la vérité et la justice sont universelles. Le Nom de Jésus est à tous ceux qui cherchent, dans la sincérité et la droiture de leur coeur, à vivre de Son Esprit. Qu’importe l’étiquette sous laquelle un homme agit. L’homme bon est toujours plus près de Dieu que celui qui fait de grandes professions de foi, et se croit ainsi dispensé d’aimer son frère.

Saint Jacques le rappelait, dans la seconde lecture. La foi suppose la mise à l’épreuve du réel? Sans cela, elle risque toujours de tourner à l’idéologie creuse et stérile. C’est pourquoi, d’ailleurs, Jésus poursuit, en invitant ses disciples à ne pas se laisser griser par les prétendus privilèges qui leur seraient conférés par l’appartenance au groupe des premiers Apôtres, à l’Eglise. La grâce peut agir au-delà, bien au-delà, des frontières visibles de l’Eglise. L’amour ne se laisse pas enfermer dans nos frontières.

Ces paroles de Jésus sont essentielles, à une époque comme la nôtre, où tant d’hommes et de mouvements religieux revendiquent l’exclusivité sur Dieu, et refusent de reconnaître Sa grâce à l’oeuvre chez les autres. Et la parole de Jésus qui affirme que « celui qui n’est pas contre nous est pour nous », remet en cause bien  des exclusivismes, bien des sectarismes. Car l’unique but du Seigneur Jésus, le sens véritable de Sa venue en ce monde, ce n’est pas de condamner, de juger, mais de sauver.

Si nous perdons le sens profond de la Révélation, le salut de tous les hommes, par amour, nous courons le risque de nous laisser emporter par les haines et les rivalités qui déchirent notre monde. Dieu aime tous les hommes, sans exception, quels que soient leur race, leur origine, leur statut social, leur culture, leur appartenance politique ou religieuse.

Il ne nous a pas demandé de séparer le bon grain de l’ivraie. Il ne nous a pas demandé de séparer les brebis des chèvres. Laissons-Lui ce qui Lui appartient. Ce qu’Il nous a demandé, c’est d’aimer nos frères jusqu’au bout, jusqu’à la Croix, comme Lui nous a aimés.

Frères et soeurs, dans un monde où les positions se radicalisent, où chacun revendique Dieu sur son propre drapeau, nous sommes invités par l’Eglise, à travers les lectures de ce jour, à ouvrir notre coeur à toutes ces « semences du Verbe », comme le disaient les Pères de l’Eglise, qui germent en ce monde, et bien souvent là où nous ne les attendions pas. Car, chaque fois qu’il y a un peu de bonté, un peu d’amour, un peu d’espérance, Dieu est vraiment présent.

 

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