Deuxième Dimanche de Carême, Année C

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Gen 15, 5-12. 17-18; Phil 3, 17 à 4, 1; Lc 9, 28b-36.

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« On ne vit plus que Jésus seul ». C’est par cette simple remarque que s’achève le récit de la Transfiguration, dans l’Évangile selon Saint Luc, que nous venons d’entendre. Une petite phrase qui pourrait d’abord être comprise comme une constatation. Après tout ce qu’ils viennent de voir, les disciples se retrouvent tout à coup replongés dans le quotidien, la banalité. Ils doivent redescendre de la montagne. Tout a retrouvé son visage familier. Moïse, Elie, la nuée et la voix ont disparu. Jésus est là, seul devant eux.
Mais on pourrait aussi interpréter ce verset d’une autre manière. En effet, auparavant, les disciples avaient surtout été subjugués par les signes et les miracles réalisés par Jésus. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’ils avaient commencé à Le suivre. Ils avaient aussi été impressionnés par ces foules immenses qui, chaque fois plus nombreuses et plus ferventes, venaient rejoindre le Maître, de jour comme de nuit. Tout cela avait dû retenir leur attention, les conforter mais aussi les distraire du véritable enjeu.
Mais désormais, après la Transfiguration, ils ne verront plus que Jésus seul. Tout le reste, l’admiration des foules, les miracles et les prodiges, passeront au second plan. C’est le mystère de Jésus, ce secret qu’Il porte dans cette chair fragile, qui les fascine maintenant. Car, en quelques minutes, sur la montagne, ils ont pu percevoir le mystère de son être, le mystère de Sa relation au Père. C’est pourquoi, désormais, c’est Jésus seul qui les intéresse, qui concentre toute leur attention, toutes leurs questions, toutes leurs attentes. Ils L’avaient suivi, parce qu’ils attendaient le royaume de Dieu, et voilà qu’ils avaient reçu bien plus qu’un royaume, ils avaient vu Dieu Lui-même!
La Transfiguration représente donc pour les Apôtres un véritable renversement sur le chemin de la foi. Désormais, c’est Jésus qui est au coeur de leur recherche. Il n’est plus le porteur d’un message, mais Il est Lui-même le message. Ils perçoivent, même si c’est encore de façon obscure, que ce n’est pas ce que Jésus accomplit, ni même ce qu’Il dit, qui compte, mais surtout ce qu’Il est, qui Il est.
Cette expérience des apôtres, nous sommes appelés, nous aussi, à la vivre un jour. Certes, au début de notre vie de foi, nous cherchons des signes, des preuves, des certitudes, et c’est normal. Comme les disciples, nous avons besoin de voir, de toucher, d’être confirmés dans la foi. Et puis vient le jour où c’est Jésus Lui-même qui devient le coeur de notre vie. Ce ne sont plus les consolations, les expériences spirituelles, aussi fortes et aussi belles soient-elles, ce ne sont plus les réussites et les joies de notre vie chrétienne qui nous portent, mais c’est Lui, « Jésus seul », qui devient peu à peu notre raison de croire, notre raison d’aimer, notre raison d’espérer.
Cela n’exclut ni les nuits, ni les tempêtes, ni les moments de découragement et de lassitude, mais nous faisons alors l’expérience étonnante, indicible, malgré tous nos manquements, toutes nos faiblesses, que c’est Lui qui nous porte, que c’est Lui qui nous donne d’être, que c’est Lui qui est notre raison de vivre!

 

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