Jeudi Saint

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Ex 12, 1-8. 11-14; 1 Cor 11, 23-26; Jn 13, 1-15.
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Frères et soeurs, alors qu’il se prépare à offrir sa vie sur la Croix, Jésus offre à ses disciples le sacrement de son Corps et de son Sang. Depuis ce jour, les disciples du Seigneur se sont transmis, de génération en génération, jusqu’à nous, ce signe de l’immense Amour de Dieu pour chacun d’entre nous.

En ce Jeudi Saint, alors que les prêtres commencent à manquer si cruellement dans tant de nos diocèses de France et d’Europe, demandons au Seigneur d’éveiller dans le coeur de nombreux jeunes hommes le désir de suivre Jésus, pour devenir, à leur tour, témoins de cet Amour qui renouvelle le monde.

Jésus nous a recommandé de prier pour que « le Maître de la moisson envoie des ouvriers à sa moisson ». Nous avons reçu cette mission de prier. Le faisons-nous assez? Le faisons-nous vraiment? Au début de cette Eucharistie, confions au Seigneur les besoins de l’Eglise et des hommes de notre temps.

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« La nuit même où il était livré », alors qu’il « savait bien qui allait le livrer », Jésus se livra lui-même. Au cours du repas, de cette dernière Cène où il allait partager le pain et le vin, son Corps et son Sang, Jésus voulut faire comprendre à ses disciples, par une parabole en actes, le sens de tout ce qu’il avait fait et ce qui allait suivre. En prenant un linge, en le nouant autour de sa taille, en se mettant à genoux devant ses disciples stupéfaits, pour leur laver les pieds, Jésus voulait leur faire saisir le sens profond de sa vie et de sa mort.

En effet, ce serait trop réducteur de ne voir dans la dernière Cène, dans toutes nos Eucharisties, qu’un repas d’adieu, un simple repas de fête. L’Evangile ne nous dit pas cela. En se mettant à genoux, aux pieds de ses disciples, Jésus veut signifier bien plus que cela. Dans cet agenouillement du Fils de Dieu, du Verbe fait chair, c’est Dieu Lui-même qui se met à nos pieds, qui s’abaisse pour laver nos souillures, pour effacer nos péchés.

Car Jésus ne s’incline pas devant des hommes qui le mériteraient, qui en seraient dignes. Parmi ceux dont il lave les pieds, il y a Judas, dont il savait qu’il « allait bientôt le livrer ». Il y a aussi Pierre, dont il a prédit qu’il l’abandonnerait; et tous les autres qui s’enfuiraient en le laissant seul, dans la nuit. Lorsqu’il s’agenouille devant tous ces hommes, ses disciples qu’il a choisis et aimés, Jésus sait tout cela. Cela donne à son geste une extraordinaire densité: Dieu se met à genoux devant les pécheurs que nous sommes tous.

Mais ce qui encore plus bouleversant, c’est que c’est justement lorsque Dieu se fait le plus proche, le plus petit, que Satan prend possession du coeur de Judas. C’est lorsque l’Amour se manifeste avec le plus de force, dans l’inouï de cet agenouillement, que Judas se détourne. Il ne peut supporter de voir Dieu si proche de son mal, si proche de sa faute. En refusant son péché, c’est Dieu qu’il rejette.
Il y a quelque chose de dramatique, mais en même temps, quelque chose d’émouvant dans cette scène, cette dernière Cène, qui se déroule sous nos yeux. Par son Corps et son Sang, c’est d’abord de nous-mêmes que Jésus veut nous protéger, de toutes ces passions, de tous ces aveuglements qui obscurcissent nos coeurs et salissent nos vies. En son Eucharistie, Jésus nous offre une liberté nouvelle!

Et cette liberté, Jésus nous l’offre non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour que nous la transmettions, à notre tour, à tous ceux qui nous entourent. « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». Dans l’Eucharisite, dans cet abaissement du Fils, c’est notre propre vocation qu’il nous est donné de contempler. Devenir comme Dieu n’est pas impossible! Imiter Dieu n’est pas hors de notre portée. Il nous suffit de faire comme Jésus, au moment de sa Passion, en vivant à genoux, aux pieds de nos frères.

 

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