Septième dimanche de Pâques, Année C

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Act 7, 55-60 ; Ap 22, 12-14.16-20 ; Jn 17, 20-26.

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C’est la même soif, le même désir qui traversent les trois lectures que nous venons d’entendre. Une soif et un désir, que rien ne peut venir combler sur cette terre, et qui conduisent Etienne à donner sa vie pour le Christ, comme elles conduisent l’Apôtre Jean, le visionnaire de l’Apocalyse, à témoigner de ce qu’il a vu et entendu. Quant à l’évangile, que nous venons d’entendre, il nous donne d’embrasser, dans un même élan, l’ensemble de l’histoire, et même bien au delà, puisque Jésus nous parle de ce qui était « avant même la création du monde », et de ce qui adviendra à la fin des temps.

Dans cette grande fresque, qui se déploie ainsi sous nos yeux, Jésus nous dévoile cette force d’unité, d’amour, qui tend à rassembler tout ce qui était dispersé et divisé, pour le recueillir en Dieu: « qu’ils soient un en nous ». Mais d’autre part, apparaissent, de manière plus visible et plus violente, toutes les résistances qui luttent, avec l’énergie du désespoir, pour empêcher cette unité.

Nous sommes là au coeur même du drame qui se joue en ce monde, autour de nous et en nous. Ne sommes-nous pas, en effet, sans cesse tiraillés entre cette force venue de Dieu, ce don de Dieu, qui nous fait désirer l’unité, l’amour et la paix, et d’autre part ces forces de division, d’aveuglement, de rancoeur et de haine qui prennent plaisir à détruire et à déchirer? Car tel est bien l’enjeu de tout ce qui se vit autour de nous et en nous. Mais de quel côté pencherons- nous? Du côté du refus ou du côté de l’amour?

Serons-nous de ceux qui, comme les accusateurs d’Etienne, se boucheront les oreilles, en poussant de grands cris, pour ne pas entendre la Parole de Dieu qui vient à notre rencontre? Ou serons- nous de ces témoins fidèles qui, à la suite de l’auteur de l’Apocalypse, garderont cette Parole, dans son incisive pureté, sans rien y ajouter, et sans rien en retrancher?

Nous rêvions d’une Eglise bien installée, d’une foi sans histoires, d’un christianisme de consensus, et nous voilà plongés dans la bataille, sans cesse appelés à rendre compte de notre foi, sans cesse poussés jusqu’aux limites extrêmes de ce que nous pensions pouvoir vivre et supporter. Cette unité, cet amour, que Jésus nous propose dans l’évangile, nous semblent s’éloigner à mesure que nous avançons! Et nous risquerions de perdre courage, de baisser les bras, de laisser tomber, si l’Eglise ne nous rappelait sans cesse, en nous offrant le pain des Ecritures, que la foi ne peut se vivre sans combat.

L’unité de l’Eglise, comme l’unité des nos communautés, de nos familles, de notre propre coeur, ne vont pas de soi. Nous sommes quotidiennement les témoins de toutes ces blessures, de toutes ces fractures, qui semblent vouloir déchirer ce que nous avions mis tant de temps à tisser. L’unité et l’amour ne sont pas des choses que l’on peut protéger et sauvegarder, mais bien des réalités que l’on doit conquérir, sans cesse rechercher et désirer. L’amour et l’unité sont un dynamisme, une vie, un horizon. Ils sont notre destin, notre désir, notre véritable vocation.

Ce qui est étonnant, ce ne sont donc ni les embûches, ni les persécutions, ni les résistances. Tout cela fait partie de cette logique que Saint Jean nomme ailleurs « l’esprit du monde », un esprit de division, de calcul, de repli sur soi et de destruction! Tout cela n’a rien d’étonnant ou de scandaleux. C’est justement pour vaincre cet esprit que Jésus est venu en ce monde. Mais ce qui est surprenant, bouleversant, c’est que, malgré tout, le désir d’aimer, la soif de vérité, les gestes de générosité, se multiplient. Le miracle, c’est que, malgré tout ce qui ne va pas, il y ait tant de bien autour de nous.

C’est pourquoi, en ce dimanche, osons simplement regarder autour de nous, et aussi en nous, ce travail de l’Esprit, ce travail de la grâce, qui se joue de nos résistances et de nos peurs, et qui, peu à peu, tend à faire de nous, des témoins de la Résurrection de Jésus, et de l’amour invincible de Dieu pour tous les hommes. Osons contempler l’oeuvre de Dieu et sachons aussi rendre grâces pour tout le bien qui se fait, non seulement autour de nous, mais aussi en nous!

 

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