Solennité de la Sainte Trinité, Année C

Profession solennelle de Soeur Cinzia
NS di Vitorchiano, Viterbe, Italie
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Prov 8, 22-31; Rom 5, 1-5; Jn 16, 12-15 .
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Après les célébrations pascales, qui se sont achevées avec la Pentecôte, la liturgie nous invite à entrer dans le temps ordinaire. Mais, d’une manière quelque peu paradoxale, l’Eglise nous propose de revenir à la vie ordinaire, en méditant le mystère de la Très Sainte Trinité, le mystère le moins ordinaire et le plus difficile pour notre intelligence. Pourtant, derrière cette apparente contradiction, l’Eglise, comme une mère prudente et attentive, veut nous aider à mieux saisir, avec le coeur et l’intelligence, le mystère de notre propre vocation, le mystère qui se cache dans l’ordinaire de notre vie.
Car le mystère de la Trinité n’est pas réservé aux théologiens ou aux grands mystiques. Il concerne notre vie dans ce qu’elle a de plus concret, de plus quotidien. Si nous sommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu, si Dieu est Amour, si le Fils de Dieu est venu en ce monde pour nous révéler le Père, et s’il nous donne Son Esprit pour que nous vivions de sa vie, cela doit avoir des conséquences dans notre manière de vivre, de penser, d’aimer.
Le mystère de la Trinité, s’il est extraordinaire, concerne donc notre existence la plus ordinaire. Le dogme de la Trinité n’est pas un dogme pour intellectuels et théologiens. C’est la clé de toute notre vie, de toutes nos joies, et l’explication de nos difficultés et de nos peines. Faire profession solennelle le jour de la Très Sainte Trinité n’est donc pas une simple coïncidence, chère Soeur Cinzia. Pour toi, il s’agit d’une véritable vocation dans ta vocation de moniale, un appel à vivre et à exprimer, dans toute ta vie, ce mystère que Jésus est venu nous révéler.
Mais quel est donc ce mystère de la Trinité qui doit prendre corps dans notre existence humaine, qui doit devenir chair dans notre chair? Je crois que pour nous, il s’exprime principalement de deux façons. Il y a d’abord le mystère de communion exprimé par tous les théologiens qui, au fil des siècles, ont essayé de traduire en paroles humaines ce qui demeure indicible. Et puis il y a aussi le mystère de l’incarnation du Fils, car Dieu a voulu que son Amour s’ouvre sur la créature.
Le mystère de la communion, chère soeur Cinzia, tu es appelée à le vivre dans cette communauté monastique de Vitorchiano. En effet, la vie communautaire est d’abord l’expression concrète, dans notre existence humaine, que nous avons été créés pour vivre en communion. Nous sommes des êtres de communion. Mais le péché a blessé en nous cette capacité d’amour, et nous avons besoin de réapprendre le chemin vers l’autre. C’est pourquoi, par moments, la vie communautaire peut devenir pour nous une épreuve, parce qu’elle révèle notre capacité blessée par le péché, nos peurs et nos limites. La communauté est un don parce qu’elle est le lieu que Dieu a choisi pour nous guérir et nous faire découvrir le mystère le plus intime et le plus profond, le mystère de la Trinité.
Mais ce mystère de la Trinité n’est pas un mystère de fermeture. Dieu ne se complaît pas en Lui-même. La communauté n’existe pas pour elle-même. Certes, Dieu n’a pas besoin de nous, mais son Amour a choisi de déborder sur nous. En s’incarnant, en prenant chair de notre chair, le Verbe de Dieu est venu non seulement nous montrer comment Dieu nous aime, mais Il a aussi voulu nous enseigner comment l’amour véritable fait sortir de soi. L’incarnation est la source de tout l’élan missionnaire, qui pousse l’Eglise à dépasser sans cesse toutes les frontières. De même, il ne peut y avoir de vocation contemplative qui ne se soucie du salut du monde.
La communion et la mission, voilà ce que nous enseigne cette solennité de la Très Sainte Trinité. Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous sommes faits pour aimer, faits pour rayonner cet amour. Chère soeur Cinzia, en t’engageant aujourd’hui dans cette communauté, tu t’engages à marcher, sans te décourager, sur ce chemin. Pour éclairer ta route, le Seigneur te donne des soeurs, il te donne l’enseignement et les sacrements de l’Eglise, et il te donne par dessus tout, au plus profond de ton coeur, ce mystère de la Trinité, qui fut gravé en toi, le jour de ton Baptême.

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