Seizième dimanche TO, Année C

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Gen 18, 1-10a; Col 1, 24-28; Lc 10, 38-42.
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L’inquiétude et l’agitation de Marthe sont bien deux des maux les plus caractéristiques de notre époque, et peut-être encore bien davantage dans l’Eglise de notre temps. En effet, tout au long de l’année, la succession des informations, des rumeurs, des scandales qui nous parviennent, semblent n’avoir d’autre but que de nourrir notre inquiétude, de nous laisser sans repos. Quant à l’agitation, dont parle Jésus, elle est alimentée par ce besoin irrépressible de changement, de nouveauté, d’inédit qui nous habite. Au fond, Marthe nous renvoie l’image de nos propres comportements, de nos doutes, de nos propres peurs! Elle pourrait être regardée comme le symbole de toutes les peurs et les pulsions qui sont notre lot.

Remarquons-le, ce que Jésus reproche à Marthe, ce n’est pas le fait d’agir, de servir. Il ne s’agit pas d’opposer ici le trouble de l’activité au repos de la contemplation. Ce que Jésus reproche à Marthe, c’est son inquiétude et son agitation qui finissent par créer un malaise autour d’elle. Et lorsqu’elle se permet de critiquer ceux qui ne s’agitent pas comme elle, c’est alors seulement que Jésus lui rappelle le sens de ce qu’elle prétend faire. A quoi bon s’agiter ainsi pour un hôte qu’elle ne prend même pas le temps de regarder et d’écouter? Marthe s’est laissée gagner par son inquiétude, sa peur de ne pas être à la hauteur, et elle a oublié Celui pour qui elle prétendait faire tout cela.

En regardant Marthe, nous pourrions reconnaître notre propre manière d’être. Ne sommes-nous pas en effet de ceux qui s’inquiètent et s’agitent pour Dieu, pour l’Eglise? Ne sommes-nous pas de ceux qui consultent avec inquiétude les statistiques, qui cherchent des solutions et fabriquent des hypothèses pour sortir de la crise? Comme si tout cela ne dépendait que de nous! Et nous oublions d’écouter Celui qui nous dit: « tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien peu de choses! ». Le Maître de l’histoire, c’est Lui et non pas nous!

Ainsi, au coeur de l’évangile que nous venons d’entendre, se trouve une question qui s’adresse à chacun d’entre nous. Sommes-nous de ceux qui se laissent gagner par leurs propres inquiétudes et l’agitation de leur coeur? Ou bien osons-nous, au contraire, comme Marie, déposer les fardeaux impossibles aux pieds de Celui qui a dit: « mon joug est facile à porter et mon fardeau léger »! Notre agitation et notre inquiétude ne révèlent, en effet, que notre manque de confiance et de foi, notre difficulté à nous appuyer sur la Parole de Dieu.

Mais alors, comment vaincre cette inquiétude qui nous empêche de trouver le sommeil et parfois même nous éloigne de l’Eglise? Comment oser demeurer en repos quand tout nous invite à céder à la frénésie ambiante? Comment ne pas nous laisser submerger par le pessimisme et le doute qui nous environnent? Voilà bien la question à laquelle Jésus répond, mais de façon indirecte, en nous invitant à regarder Marie. En regardant Marie, Marthe aurait pu comprendre, que le seul moyen de vivre en paix, de demeurer en repos, c’est de vivre aux pieds de Jésus, et d’écouter Sa Parole.

C’est là que Paul, l’Apôtre des Nations, a puisé la force et la patience de traverser les souffrances et les épreuves, comme nous le disait la seconde lecture. C’est parce qu’il vivait du mystère du Christ, qu’il en était tout imprégné, que tout ce qui lui arrivait a fini par tourner à son avantage. L’espérance de Paul n’était pas fondée sur ce qu’il avait fait, sur tout ce qu’il avait accompli, mais sur la Parole de Jésus qui a dit à ses disciples: « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde »! Oui, « le Christ est au milieu de » nous, « Lui, l’espérance de la gloire »!

L’Eglise nous invite, aujourd’hui, à entrer à notre tour dans le mystère du Christ, à nous laisser porter par ce mystère de joie et d’espérance, de paix et de foi, de confiance et d’amour. Nous ne sommes pas seuls! Dieu sait ce qui est bon pour nous. Il ne nous abandonnera jamais. Car si nous sommes infidèles, s’il nous arrive de L’oublier, Lui, reste fidèle, pour toujours et à jamais.

 

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