Dix-huitième Dimanche TO, Année C

+
Qo 1,2; 2,21-23; Col 3,1-5.9-11; Lc 12,13-21.
+

« Tu es fou: cette nuit même, on te redemande ta vie »! Cette folie de l’homme riche, que Jésus nous décrit dans l’évangile de ce jour, ressemble étrangement à notre propre manière de vivre. Ne sommes-nous pas en effet tous, tant que nous sommes, passionnés par les biens de la terre et par les joies que nous pouvons y trouver? Ne sommes-nous pas toujours en train de chercher à tirer avantage de la situation présente, à accumuler des choses qu’aussitôt nous laissons de côté, pour en désirer d’autres? Pour vivre cela, il n’est pas nécessaire d’être riche. Sans doute suffit-il simplement d’être homme.

Car cette folie de l’homme riche, ou ce que Jésus qualifie de folie, n’est rien d’autre que ce continuel désir de posséder, d’accumuler, de jouir toujours davantage, qui marquent au plus profond notre existence. Et l’on pourrait même affirmer que ce désir d’avoir toujours plus est constitutif de notre humanité. Etre homme, c’est désirer, et désirer toujours plus. Un être sans désir serait-il encore un être humain?

Face à cette logique du désir, qui ronge notre coeur et ne nous laisse aucun repos, les grandes sagesses et les religions de ce monde ont proposé deux réponses fondamentales. Les premières ont cherché dans l’apaisement du désir, dans son extinction, la voie de la sagesse: le bonheur, ce serait l’absence de désir. Les secondes, au contraire, ont voulu faire de l’assouvissement du désir, à tout prix, le moteur de l’existence humaine: croquer la vie à belles dents, sans rien regretter, sans crainte et sans retenue, voilà pour elles la voie du bonheur.
Entre ces deux voies extrêmes, qui mettent le désir au coeur de l’exitence humaine, Jésus nous propose une voie très différente. Certes le désir est bien le moteur fondamental de l’existence humaine, mais il n’est qu’une force qu’il s’agit d’orienter. Ce que Jésus met en relief, ce n’est pas le coeur qui désire, mais ce qui est désiré, recherché, aimé. Ce qui nous transforme, nous rend plus humain et plus vrai, plus authentique dirait-on aujourd’hui, ce n’est pas la force de notre désir, mais son orientation, son sens.

Comme le souligne saint Paul, dans la seconde lecture, le passage de « l’homme ancien » à « l’homme nouveau » se fait par la conversion du désir. Comme le voleur ou le menteur, les saints sont eux aussi des être brûlés de désir. Mais ce qui les distingue, c’est l’objet de leur désir. Il y a des désirs qui ne mènent nulle part, qui ne sont que « vanité des vanités ». Et il y a des désirs qui conduisent à la vie, qui construisent la vie, qui donnent la vie.

Le problème du christianisme, ce n’est donc pas le désir, mais ce que vise notre désir. Dieu nous a créés comme des êtres de désir. Il s’agit pour nous d’orienter cette extraordinaire puissance vers la vie ou vers la mort. C’est l’enjeu de notre liberté, portée et soutenue par la grâce. Qu’allons-nous faire, que faisons-nous de cette force de vie que Dieu a déposée en nous? C’est la seule véritable question, le seul enjeu sur lequel Jésus nous interroge, dans l’évangile que nous venons d’entendre.

Nous quittons ainsi une logique du tout ou rien, cherchant notre repos dans l’extinction de tout désir, ou au contraire dans leur assouvissement immédiat et à tout prix, pour entrer dans un travail de discernement et d’intelligence sans cesse à recommencer. Le problème n’est plus le désir, mais le désir du bien, la quête de ce qui est juste, la soif de ce qui est vrai. Avec Jésus, nous sortons des solutions toutes faites. Il s’agit, comme le déclare saint Paul aux Colossiens, de devenir cet « homme nouveau, celui que le Créateur refait toujours neuf à son image, pour le conduire à la vraie connaissance ». Notre vrai problème, c’est donc d’apprendre à discerner ce qui est bon, à accueillir la grâce de le choisir et à demander la force de l’accomplir.

 

Cette entrée a été publiée dans Homélies 2007. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.