Solennité de la Dédicace, Jubilé de F.Aimable et F.Henri

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1R 8, 22-30; 1P 2, 4-9; Jn 10, 22-30.
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Lorsque nous évoquons la fête de la dédicace, nous pensons immédiatement à ce bâtiment de pierres, cette église, qui abrite notre communauté et nous permet de célébrer la sainte liturgie, tout au long de l’année. Sans doute est-ce bien le premier sens donné à cette fête, comme nous le rappelait la première lecture, à propos de la dédicace du Temple de Salomon. Cependant, dans l’évangile que nous venons d’entendre, Jésus élargit le sens de cette fête en déplaçant notre regard vers ceux qui viennent y prier, qui écoutent sa voix et désirent le suivre.

En ce sens, la célébration du jubilé de profession de nos Frères Aimable et Henri, en ce jour où nous commémorons la dédicace de notre Eglise, au Mont des Cats, exprime merveilleusement ce que nous venons d’entendre dans l’évangile de Jean. La dédicace n’est pas d’abord la fête d’un édifice, aussi beau et aussi imposant soit-il, mais elle nous renvoie au mystère plus profond que cette construction vient seulement entourer et manifester, comme un écrin précieux.

Qu’y a-t-il, en effet, de plus improbable et de plus fragile, qu’une communauté monastique? Qu’y a-t-il de plus insensé et de plus pauvre qu’une existence de moine, vouée au service, à la prière, à la louange du Dieu invisible et silencieux? Alors qu’une église de pierre marque le paysage et peut traverser les siècles, le oui quotidien de la vie d’un moine ne laisse aucune trace visible aux yeux des hommes. S’il en était autrement, nous ne serions plus vraiment moines! Et pourtant, tout ce décor n’a d’autre raison d’être, d’autre justification, que ce oui, obscur et muet, qui jaillit au coeur de l’homme qui cherche vraiment Dieu.

Ce mystère de la vie monastique, de votre vie, cher Frère Aimable, cher Frère Henri, vous l’avez vécu, chacun à votre façon, selon l’appel que Dieu vous avait adressé. Que ce soit dans le service laborieux du convers, ou dans l’humble psalmodie du choriste, que ce soit ici, ou dans tant d’autres pays où vous ont guidés les voies de Dieu, vous avez essayé, l’un et l’autre, à votre façon, d’écouter sa voix et de le suivre. Sans doute, les moments plus obscurs n’ont pas manqué, mais vous avez tenu bon, ou bien, serait-il plus juste de dire, il vous a été donné de tenir bon.

Les années s’ajoutant aux années, vous êtes demeurés, vous avez duré. Par delà l’exaltation qui marque certains moments rares de notre vie, mais aussi par delà les épreuves et surtout la lente succession des jours, vous avez appris à connaître, petit à petit, Celui qui vous appelait par votre nom. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce n’est pas là le plus important. L’essentiel se trouve ailleurs. En effet, ce que Jésus promet à ceux qui écoutent sa voix et le suivent, ce n’est pas de connaître Dieu, d’avoir de grandes révélations et de merveilleuses visions, ni même de devenir des spécialistes de la prière et des voies de la mystique. Cela peut arriver, mais cela n’est pas nécessaire.

Ce que Jésus a promis à ceux qui écouteraient sa voix et le suivraient, ce n’est pas de connaître, mais d’être connus de Lui : « mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent ». Tel est le chemin de la sainteté monastique, un chemin obscur et sans gloire, un chemin où la seule véritable grâce c’est de s’effacer, et où la seule véritable grandeur, c’est que Dieu soit Dieu! Sur ce chemin, il n’y a pas beaucoup de consolations ni de merveilleuses découvertes. Il y a surtout la douce monotonie d’une vie sans histoires, qui finit par laisser passer, comme la trame trop usée d’un vieux vêtement, le doux rayon d’une gloire inconnue.

Cette lumière, vous en êtes devenus, au fil des ans, les porteurs humbles et silencieux, dans cette communauté du Mont des Cats, et aussi bien au delà. Vous n’en avez sans doute pas conscience, et c’est tant mieux. Cette lumière ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu. Merci de la laisser venir jusqu’à nous, sans jamais la retenir pour vous-mêmes. Nous en avons tellement besoin. Merci.

 

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