Trente-deuxième Dimanche du Temps Ordinaire, Année C

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2 M 7, 1-14; 2 Thess 2, 16 – 3, 5; Lc 20, 27-38.

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Il y a des passages de l’évangile, comme celui que nous venons d’entendre, qui nous troublent et nous laissent avec un sentiment de malaise. Nous voudrions tourner bien vite la page et passer à autre chose. C’est que certaines paroles de Jésus bousculent la mentalité ambiante, qui imprègne si fort notre façon de penser. Ce malaise est plutôt bon signe. Il nous montre à quel point l’évangile demeure toujours un défi, pour nous, aujourd’hui encore.
En effet, dans sa réponse aux Sadducéens, Jésus souligne deux points qui nous touchent profondément. Il relativise d’abord ce qui fait l’essentiel de nos relations humaines: tout ce qui touche à notre vie affective, puis il remet en cause une certaine vision de l’existence qui se limiterait aux réalités de ce monde.
Il faut bien le reconnaître, l’argument de Jésus concernant la relativité de nos sentiments, de nos relations affectives, a quelque chose de choquant pour nos oreilles. En effet, s’il est bien un sujet qui passionne nos contemporains, en dehors des questions financières, c’est bien leur vie sentimentale. Le coeur, et tout ce que nous mettons sous ce vocable, tient une place majeure dans toutes les productions littéraires et médiatiques. Si toutes les idéologies et tous les tabous sont tombés, il y a bien un tabou qui reste et qui fait de la résistance, même chez les libertaires les plus fanatiques, c’est l’amour.
Or Jésus ne semble guère y attacher autant d’importance que nous. Jésus ne nie pas l’importance de notre vie affective, mais il la replace dans le contexte plus vaste de notre destinée. Nos amitiés, nos amours ne sont pas une fin, en soi: ils ont leurs limites. Et ils ne doivent surtout pas nous faire oublier notre véritable vocation, notre vocation éternelle.
Voilà sans doute un second élément du discours de Jésus qui heurte notre sesiblité d’hommes et de femmes en ce début du troisième millénaire. Comme les Sadducéens, venus pour se moquer de Jésus, nous avons du mal à croire en la vie éternelle. Et, si nous la professons dans notre credo, bien souvent nous vivons, nous agissons, comme si notre existence se limitait à ce monde. Pourtant, le message central de Jésus, le fondement de la Bonne Nouvelle, c’est non seulement que notre vie ne cessera pas lorsque nous rendrons notre dernier souffle, mais aussi que notre vie en Dieu commence et se prépare déjà ici-bas et maintenant.
La foi chrétienne n’a rien d’un humanisme sucré qui se limiterait à des bons sentiments et à de belles paroles pour faciliter les relations humaines et vivre mieux. Les deux premières lectures nous laissaient déjà pressentir que la foi, dans son combat contre le mal, pourrait nous entraîner, un jour ou l’autre, à prendre des risques, jusqu’à perdre notre vie. Certes, nous n’avons pas tous vocation à mourir martyrs, comme les sept frères dont la première lecture nous racontait le destin tragique, mais nous pouvons tous nous retrouver dans la situation que décrivait Saint Paul dans sa seconde Epître aux Thessaloniciens.
Dire et faire le bien, sans espérer en tirer profit en cette vie, simplement parce que c’est bien. Rejeter le mal, alors qu’il serait si facile et si profitable d’en tirer parti pour vivre un peu mieux, pour échapper à nos difficultés, voilà qui pousse l’exigence bien au- delà des nos perspectives habituelles. Jésus n’a jamais prétendu que nous serions récompensés en ce monde! Il n’a jamais promis à ceux qui le suivraient une vie facile et sans soucis. Mais il nous a assurés que Dieu, qui voit dans le secret, ne nous oublierait jamais! Il nous a promis que le Père prendrait soin de nous et qu’il nous attendait pour nous combler de son amour, dans son Royaume!

 

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