Trente-troisième Dimanche du Temps Ordinaire, Année C

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Ml 3, 19-20a; 2 Thes 3, 7-12; Lc 21, 5-19.

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« Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom »! C’est sous la forme d’un rêve brisé, d’un terrible échec, que Jésus annonce à ses auditeurs la venue de son Royaume. Aux disciples qui commençaient à imaginer, dans leurs songes les plus fous, l’instauration de la justice, de la paix, de l’amour universel en ce monde, Jésus vient brusquement rappeler que la réalité est tout autre. Ainsi, avant d’être une prophétie des temps à venir, l’évangile que nous venons d’entendre est d’abord un rappel à l’ordre des choses, un rude mais nécessaire retour aux dures réalités de ce monde.

En faisant cela, Jésus ne veut pas seulement nous enraciner dans le réel, mais il veut aussi nous guérir de toutes les illusions romantiques qui risquent toujours de nous faire croire que nous pourrions réussir, là où Jésus s’est heurté au refus, à la dérision et, finalement, à la mort. « Le disciple n’est pas plus grand que son Maître »! L’évangile de ce jour nous le rappelle.

Tout cela va à l’encontre du désir, si profondément enraciné en nous, de construire quelque chose de durable, de mettre de l’ordre dans le chaos qui nous entoure, de rétablir l’harmonie et la paix en ce monde. Le discours sur la Montagne, les fameuses Béatitudes, nous avaient pourtant donné l’espoir que cela serait possible, que ce monde pouvait devenir plus harmonieux et plus beau. Et voilà que Jésus lui-même semble vouloir anéantir ces rêves d’un monde meilleur. Que reste-t-il alors de notre foi? Pourquoi aurions-nous encore le goût de le suivre?

Cette question, les Apôtres eux-mêmes se la sont posée, lorsqu’ils virent leur Maître arrêté, torturé, humilié, mis à mort et porté au tombeau. La lumière de la Résurrection, la joie de la Pentecôte ne sont venues qu’après, bien après. Notre foi, pour devenir solide, doit elle aussi passer par cette épreuve du tombeau et de la nuit. Pour grandir et s’affermir, elle doit aussi accepter de perdre ses illusions, renoncer à ses rêves, accepter la nudité et la nuit.

Ce que Jésus décrit, dans notre évangile, des violences humaines, des catastrophes et des bouleversements de la nature, n’a rien de surprenant, d’extraordinaire. N’en sommes-nous pas chaque jour les témoins? Le monde ne change pas. Mais ce qui peut changer, ce qui doit changer, c’est notre façon de le vivre, notre manière d’affronter cette réalité. Et c’est là que se situe le coeur du message que Jésus veut nous adresser aujourd’hui.

Nous devons certes nous employer de toutes nos forces à vivre les Béatitudes, à améliorer le sort de nos frères, à combattre l’injustice et à réduire la violence et la haine. Mais nous ne devons pas nous décourager si nous ne voyons pas de résultats! Car, ce qui changera d’abord, c’est notre propre coeur. C’est dans le coeur des hommes, dans le coeur de chacun d’entre nous, que commence le Royaume. C’est en chassant la haine et la peur de chacun d’entre nous que Jésus inaugure son Royaume. Nous n’aurons pas à nous soucier de notre défense, nous n’aurons plus peur de rien! Jésus nous inspirera « un langage et une sagesse » auxquels personne ne pourra résister.

Les monuments les plus somptueux et les plus impressionnants s’effondreront un jour. Les goires les plus bruyantes de ce monde passeront. Les empires les plus puissants et les fortunes les plus tapageuses n’ont qu’un temps.Tout cela retournera en poussière. Mais l’amour, lui, ne passera jamais. Il demeure à jamais, car il est au coeur du Fils, qui règne avec l’Esprit auprès du Père, pour les siècles sans fin.

 

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