Quatrième Dimanche de l’Avent, Année C

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Mi 5, 1-4a ; Hb 10, 5-10 ; Lc 1, 39-45.
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A deux reprises, dans le passage de l’Evangile que nous venons d’entendre, saint Luc nous dit que « l’enfant  a tressailli » dans les entrailles d’Elisabeth, lorsque celle-ci a entendu la salutation de Marie. Et ce n’est pas sans raison, si l’évangéliste insiste de cette façon sur l’émotion d’Elisabeth. Car bien souvent, dans l’Histoire Sainte, tout commence par un tressaillement, une émotion, un léger trouble, une crainte qui laissent entrevoir le surgissement de l’indicible dans la vie de ceux que Dieu vient visiter.

Ainsi en est-il pour Abraham à Mambré, Jacob au gué de Yaboq, Elie sur la montagne du Carmel, et tant d’autres. Lorsque Dieu vient, lorsqu’Il se fait tout proche, il y a à la fois un mélange étrange de joie contenue et de crainte silencieuse. Déjà, lorsque l’Ange s’était adressé à Marie, au jour de l’Annonciation, nous avions trouvé ce climat singulier, fait de trouble et de bonheur.

Cette surprenante combinaison d’émotions humaines n’est-elle pas cependant le propre de cette fête de Noël, que nous nous préparons à célébrer, cette nuit? En effet, c’est au coeur de la nuit, dans l’obscurité et le silence, que Dieu a choisi de venir parmi nous, en prenant chair de notre chair. C’est dans cet instant le plus improbable, alors que le monde est enfoui dans son sommeil, que Dieu a choisi de faire briller une étoile dans nos vies. C’est à « Béthléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda », cette cité de Terre Sainte qui, des siècles plus tard, souffre encore et toujours de la guerre et de l’isolement, que le Verbe de Dieu, la Parole de vie, vient habiter parmi les hommes.

Dieu n’aurait pas pu choisir plus discret, plus insignifiant, plus obscur. Comme s’Il avait voulu se jouer de toutes nos attentes de manifestations grandioses, de tous nos désirs de gloire et de certitude. Ce faisant, Dieu a fait le jeu de tous les doutes, de tous les mépris, de toutes les incertitudes. Il a échappé, une fois pour toutes, à toutes les démonstrations irréfutables, à toutes les prétentions humaines à imposer la vérité.  En se manifestant ainsi à nous, dans l’humble tressaillement d’un enfant, dans le silence de la nuit, et dans une obscure bourgade de Judée, Dieu s’est livré à nous, comme un enfant.

C’est pourquoi le passage de l’Epître aux Hébreux, que nous avons entendu en seconde lecture, résonne à nos oreilles d’une manière tout à fait singulière. En effet, dans cette brève synthèse, son auteur nous livre la clé de cette étonnante aventure. A tous « les sacrifices, les holocaustes et les expiations pour le péché prescrits par la Loi », à toutes les liturgies pompeuses et sanglantes du Temple de Jérusalem, Dieu préfère cet humble tressaillement, ce chant d’action de grâce et de louange qui jaillit du plus profond des entrailles humaines.

Ce « oui », mêlé de joie et de crainte, c’est le Fils, le Verbe du Dieu très Haut, qui l’a prononcé le premier, en venant s’incarner dans le sein de la Vierge Marie. Et, comme en écho, à ce « oui » de Dieu, est venu répondre le « oui » de Marie, puis celui de Jean Baptiste, et celui de tous ceux qui ont accueilli sa parole, quand il prêchait dans le désert. Et de « oui » en « oui », c’est l’Eglise qui s’est levée, qui a traversé les tempêtes et les moments d’incertitude, au fil des siècles, jusqu’à nous, aujourd’hui.

Frères et soeurs, ce « oui », nous sommes invités, à notre tour, à le redire, dans cette époque troublée et tourmentée. Cette expérience intérieure du tressaillement de Marie et d’Elisabeth, nous sommes invités, nous aussi, à notre tour, à la vivre aujourd’hui, maintenant. Dans cette chaîne ininterrompue de tous ces « oui » dits à Dieu, depuis le « oui » du Fils, nous sommes conviés à nous glisser pour que continue à s’élever, en ce monde, le seul chant d’action de grâce et de louange qui plaise vraiment à Dieu, ce tressaillement de joie qui seul peut rendre notre monde meilleur et plus fraternel.

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