Fête de la Sainte Famille, Année A

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Si 3, 2-6.12-14; Col 3, 12-21; Mt 2; 13-15.19-23.
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Avant d’être le personnage public qui fascina ses contemporains et qui changea la face de l’histoire, Jésus fut d’abord un adolescent, il fut d’abord un enfant. Alors qu’ils développent largement son bref ministère de trois années, les évangélistes restent très discrets sur ce qui a précédé la vie publique de Jésus, sur ses trente années de vie cachée. Ce qui intéressait surtout les premiers chrétiens, c’est ce que Jésus avait dit, ce qu’il avait fait. Et ce n’est que peu à peu, dans la mesure où s’éveillait, dans la première génération de convertis, le désir d’en savoir davantage, que les souvenirs plus anciens furent rassemblés par Saint Luc et Saint Matthieu.

Dans ces souvenirs, qu’ils tenaient certainement de celle qui les vécut et en fut le premier témoin, la Vierge Marie, la Mère de Jésus, les évangélistes ont souligné la place discrète, mais bien réelle, de ce couple singulier que formaient Joseph et Marie. La longue liste généalogique des origines de Jésus, l’Annociation à Marie et à Joseph, la Nativité, la visite des Mages, la fuite en Egypte, la présentation de Jésus au Temple, la disparition de Jésus durant trois jours, forment la trame de ces trente années de vie cachée du Fils de l’Homme.

Pourtant, l’essentiel est ailleurs. Même s’ils marquèrent profondément l’esprit de Marie, qui méditait tout cela dans son coeur, ces événements ne sont que les épisodes les plus marquants d’une longue croissance qui fit de l’enfant de Béthléem, le Maître et le Seigneur. La fête, que nous célébrons aujourd’hui, ne souligne aucun de ces événements, mais elle nous invite plutôt à méditer sur le milieu humain et spirituel où Jésus a pu épanouir sa personnalité. Car, s’il était le Verbe de Dieu venu dans la chair, Jésus dut, comme chacun de nous, apprendre à devenir un homme.

En ce sens, les deux premières lectures nous aident à mieux comprendre le milieu dans lequel Jésus a grandi. Alors que le livre de la Sagesse insistait plutôt sur le respect et la tendresse dûs aux parents, l’Epître aux Colossiens soulignait, quant à elle, les mille et une formes que peut revêtir l’amour, dans la vie d’une famille ou d’une communauté. Amour et respect sont les deux marques essentielles de la Sainte Famille, comme que nous le révèlent les évangiles. Ce sont les deux points d’appui de toute famille chrétienne, de toute communauté monastique.

De Joseph et de Marie nous avons beaucoup à apprendre, sur l’amour et le respect. Ils n’en parlent pas, ils ne se perdent pas en grandes déclarations, mais ils le vivent. Marie, la Vierge Mère, et Joseph, le Juste, sont pour nous, aujourd’hui encore, et peut-être aujourd’hui surtout, des modèles et des amis. Les évangélistes ont conservé très peu de paroles des parents de Jésus. On les comprend, ce qui les intéressait, c’était la Parole de Dieu faite chair. Mais ils nous ont conservé cette atmosphère de tendresse et de respect, ces gestes simples et purs qui ont permis à Jésus de laisser grandir en son humanité la puissance de sa divinité.

Il ne servirait à rien de discourir longuement sur Marie et Joseph, il suffit de les regarder vivre. Dans les rares scènes, que nous ont transmis les évangélistes, il y a tout ce qui nous est nécessaire: quelques paroles, mais beaucoup de silence, et surotut beaucoup de respect, de fidélité, de tendresse. Nous n’y trouvons rien d’inutile ou de superficiel. Tout y a la densité et la profondeur des gens qui savent la juste valeur des choses. Pas de paillettes et de futilités, mais des décisions claires et exigeantes, et un engagement sans failles, jusqu’à la mort.

Si nous voulons, nous aussi, accueillir Jésus dans notre vie, il nous suffit de suivre leur exemple, de marcher sur leurs traces, et de garder tout cela dans notre coeur. Alors, soyons en sûrs, Dieu Lui- même viendra habiter dans notre coeur, dans notre famille, dans notre communauté.

 

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