Saints Pierre et Paul, Solennité

Act 12, 1-11; 2 Tim 4, 6-1; Mat 16, 13-19.
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Rien ne prédisposait Pierre et Paul à devenir un jour, ensemble, les piliers, les colonnes de l’Eglise de Rome. En effet, rien, ni dans leur formation, ni dans leur origine, ni dans leur tempérament, ne semblait pouvoir s’accorder. Tout les séparait, tout les éloignait l’un de l’autre. Les Actes des Apôtres ne font d’ailleurs pas mystère de leur différence d’appréciation, de leurs mésententes, de leur rivalité. Et pourtant, Dieu a unis, dans une même confession de foi, ceux que tout semblait devoir séparer à jamais.
On pourrait peut-être mettre cet étrange retournement de l’histoire sur le compte de cet humour de Dieu, dont la Bible se fait si souvent le témoin malicieux. Mais leur histoire est pour nous bien plus qu’un clin d’oeil du Seigneur. Elle est pour nous comme une parabole de ce que sont et doivent être, aujourd’hui encore, nos communautés chrétiennes, nos Eglises.
En effet, bien souvent, sous prétexte d’aplanir les difficultés, d’éviter les conflits, nous préférons nous regrouper par affinités, par goûts, par chapelles. Les différences nous font peur. Elles nous suscitent en nous la crainte et parfois le ressentiment. Or, en unissant, dans un même martyre, ceux que tout semblait devoir séparer, le Seigneur nous invite à dépasser nos pauvres mesures humaines.
Car ce qui a uni Pierre et Paul, c’est non seulement cet invincible amour de Jésus qui les a conduits jusqu’au martyre, mais c’est aussi cette conscience terriblement humiliante, de l’avoir un jour trahi, et c’est surtout la conviction d’avoir été pardonnés. Ainsi, ce qui fonde l’Eglise de Rome, ce qui fonde toutes nos Eglises à sa suite, c’est cette foi de Pierre en Paul en Celui qui les a relevés, qui les a aimés, qui leur a pardonné.
Car seul celui que l’humiliation, un jour, a renversé, seul celui que l’humilité a transformé, peut oser suivre Jésus jusqu’au bout. Non pas parce qu’il se sentirait plus fort ou plus courageux que les autres! Certes non. Car qui pourrait prétendre qu’il tiendra devant la souffrance et la mort. Mais Pierre et Paul ont pu suivre Jésus parce qu’ils avaient découvert que c’est Jésus qui les porterait, et qu’il demeurerait avec eux, jusqu’au bout.
La foi de Pierre et Paul, la foi de l’Eglise fondée sur le martyre de Pierre et Paul n’a donc rien à voir avec une foi orgueilleuse, une foi qui s’imposerait sans discussion. Mais au contraire, la foi de Pierre et Paul, c’est cette foi devenue humilité, une foi qui sait que c’est Dieu seul qui peut nous libérer de nos chaînes et de nos blessures.
Ce qui fait la solidité de l’Eglise, la solidité de nos communautés, ce ne sont donc ni nos vertus réelles ou supposées, ni nos dons et nos richesses, ni la chaleur et l’amitié qui nous unissent, ni même nos convictions, aussi belles soient-elles, mais c’est d’abord notre pauvreté, qui a été rachetée par le sang du Christ. Ce qui a uni Pierre et Paul pour les siècles, c’est uniquement l’amour du Christ: l’amour qu’ils lui ont porté et dont ils ont témoigné, mais aussi et surtout l’amour que Jésus a manifesté pour chacun d’entre eux.
Frères et soeurs, le Christ ne nous a pas choisis parce que nous étions semblables, que nous pouvions nous entendre, mais pour que nous Lui devenions semblables. C’est lui qui nous a choisis. Il a fait de nous ses témoins et ses disciples. A l’exemple de Pierre et Paul, osons dépasser tout ce qui nous divise et nous sépare pour retrouver, en Lui, le chemin de l’unité, de la charité et de la paix.
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