Dix-neuvième Dimanche T.O., Année A

+
1 R 19, 9-13a; Rom 9, 1-5; Mt 14, 22-33.
+
A deux reprises, dans l’Evangile de Saint Matthieu, les disciples doivent affronter la tempête et les flots déchaînés. D’abord au chapitre huit, puis dans le chapitre quatorze, que nous venons d’entendre. Dans le premier récit de tempête apaisée, Jésus est présent, mais il dort dans la barque agitée par les flots. Les disciples, sont saisis de frayeur. Après avoir apaisé les flots, Jésus répond à leurs cris d’angoisse par ces paroles: “pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi?” Ainsi en est-il également dans ce second passage, mais avec quelques différences importantes.
La première de ces différences, c’est que les disciples sont seuls cette fois, au milieu des flots. Jésus les a obligés à monter dans la barque, à le précéder sur l’autre rive. Il n’est pas venu avec eux. La seconde différence, c’est la source de leur inquiétude. Certes, ils peinent et se débattent au milieu des flots, mais c’est surtout la façon qu’a Jésus de les rejoindre qui les inquiète. S’ils crient, cette fois, c’est à cause de Jésus, et non plus à cause de la tempête. Enfin, la dernière différence, c’est que le reproche de Jésus: “homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?” s’adresse à Pierre qui est venu à sa rencontre sur les flots.
Entre ces deux récits de tempête apaisée, on peut donc constater  une grande différence, un véritable progrès. Désormais, ce qui inquiète les disciples, ce ne sont plus les vents contraires et les flots déchaînés, mais la présence de Jésus, ou plutôt le mystère de sa personne qui se révèle à eux. Ce ne sont plus les difficultés de la vie, les épreuves de toute sortes qui agitent les disciples, mais plutôt cette mystérieuse proximité de Dieu, dans la personne de Jésus. Ils croyaient le connaître, et voilà que Jésus se révèle infiniment autre. Ce qui fait peur aux disciples, ce n’est plus l’absence, mais la présence de Dieu!
Cet étrange retournement, la première lecture, tirée du livre des Rois, nous le laissait déjà pressentir. En effet, ce qui poussa Elie à se couvrir la face, ce ne fut ni l’ouragan, ni le tremblement de terre, mais plutôt le murmure de cette brise légère, qui annonçait l’indicible présence du Dieu inconnu. Pour Elie, comme pour les Apôtres, c’est la proximité de l’invisible Présence qui fascine et bouleverse. S’ils sont saisis de crainte, c’est parce qu’ils viennent de se trouver face à face avec ce qui dépasse l’homme, cette trace d’infini que Dieu laisse toujours derrière Lui, quand Il passe.
Cette expérience de l’indicible Présence, il peut nous arriver, à nous aussi, de la ressentir. Les tempêtes de la vie, les épreuves  et les difficultés n’en sont que l’occasion, le prétexte, si l’on peut parler ainsi. Ce qui devient alors le plus important, ce ne sont plus les flots apaisés et la paix revenue, mais c’est ce trouble subtil, cette émotion contenue qui demeure, quand le silence est revenu. Dieu s’est approché de nous, Il nous a frôlés, Il nous a touchés, et nous restons sans voix, incapables de décrire ce qui s’est passé.
La crainte alors change de registre. les tempêtes changent de signification. Qu’importent le déchaînement des vagues et l’impétuosité des vents contraires, l’émotion vient d’ailleurs. Cette crainte nouvelle, étrange, mystérieuse, la Bible la nomme la crainte de Dieu. Elle est loin, très loin, de nos angoisses habituelles. Car c’est une crainte pleine de joie et de paix, une crainte d’amour, le mystérieux frémissement d’un coeur qui s’éveille à ce qui le dépasse infiniment. Dieu était là, mais je ne le savais pas!
Cette entrée a été publiée dans Homélies 2008. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.