Vingtième Dimanche du T.O., Année A

+
Is 56, 1. 6-7; Rom 11, 13-15. 29-32; Mt 15, 21-28.
+
Comme la Cananéenne, il arrive que nous fassions, nous aussi, l’expérience du silence de Dieu. Nous prions, nous crions vers lui: “Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David”, ou encore nous murmurons: “Seigneur, viens à mon secours”, mais Jésus reste muet, silencieux, il ne répond rien! Dieu semble indifférent à notre souffrance, à nos appels, si lointain que nous perdons courage. Cette expérience du silence de Dieu, la Cananéenne l’a traversée, comme Jésus la traversera, lui aussi, au moment de sa passion.
Face à ce mur de silence, à cette inexplicable indifférence, la Cananéenne aurait pu relever fièrement la tête et tourner les talons, ou  bien encore exprimer toute sa révolte et son amertume, comme nous le faisons si souvent nous-mêmes. Mais au lieu de cela, cette femme en a profité pour descendre au plus profond d’elle-même. Ce que d’autres auraient pris pour une injustice, elle l’a compris comme une révélation. Loin d’être découragée par le refus de Jésus, elle lui a même trouvé des excuses, elle l’a presque justifié. Elle a pris conscience qu’elle ne pouvait exiger cette grâce, que Dieu aurait eu mille raisons de la lui refuser. Elle savait qu’elle ne pouvait mériter l’attention de Jésus.
Pourtant sa misère, loin de la décourager, l’a libérée de toute fausse pudeur, de tout ce mélange de vanité blessée et d’orgueil dissimulé qui nous empêche si souvent de tendre la main. Puisqu’elle n’avait plus rien à perdre, elle pouvait désormais se jeter aux pieds de Jésus. Car ce n’est pas pour elle qu’elle le priait, mais pour sa petite fille. Son amour de mère l’avait libérée de tout ressentiment. Ce qui comptait désormais pour elle, ce n’était ni sa dignité, ni son droit, mais sa fille. Et c’est cela qui a précisément touché le coeur de Jésus. Elle ne revendiquait rien pour elle-même, elle était devenue libre d’elle-même.
Ce chemin de liberté, Jésus nous invite à y entrer, nous aussi, lorsque notre prière semble sans résultat, lorsque Dieu semble sourd à nos appels, indifférent à nos attentes. Car notre prière est si souvent centrée sur nous-mêmes, sur nos propres intérêts, qu’au lieu de nous rapprocher de Dieu, elle risque au contraire de nous éloigner de lui. Le silence de Jésus, son refus de nous répondre n’est pas une marque d’indifférence et de mépris, mais bien plutôt une invitation à descendre en nous-mêmes, plus bas, plus profond, pour discerner ce qui nous anime vraiment. Car nos désirs et nos passions nous emprisonnent et nous aveuglent au point de confondre souvent le bien, la volonté de Dieu avec notre propre volonté.
Si Dieu semble parfois sourd à nos appels, si nos supplications se heurtent à un mur de silence, souvenons-nous de la foi de la Cananéenne, et de ces multiples passages des Evangiles où Jésus nous invite à frapper à la porte, à attendre la venue du maître, sans nous décourager. Et un jour viendra où c’est Dieu Lui-même qui frappera à notre porte, et nous priera, à son tour, de pouvoir venir chez nous, pour demeurer avec nous.
Cette entrée a été publiée dans Homélies 2008. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.