Solennité de la Toussaint

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Ap 7, 2-14; 1 Jn 3, 1-3; Mt 5, 1-12a .

 

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Il y a les saints dont nous vénérons les reliques, dont nous lisons les vies et les enseignements, et pour lesquels nous construisons des basiliques où nous nous rendons en pèlerinage. Et puis il y a les autres, cette foule de saints anonymes, inconnus, oubliés, qui peuplent le coeur de Dieu et les allées du paradis. Ceux-là, nous les avons peut-être côtoyés, sans nous en rendre compte. Nous les avons sans doute croisés tous les jours, sans le savoir. Et nous avons peut-être aussi, malheureusement, “dit toute sorte de mal contre” eux, par ignorance ou par bêtise.

 

Ils sont pourtant devenus saints, malgré nous, mais aussi, la plupart du temps, malgré eux. Ils ont essayé de vivre leur foi, humblement, grâce à la petite lumière que Dieu avait allumée dans leur coeur, sans se laisser décourager non seulement par la méchanceté des hommes, mais aussi par leurs propres faiblesses et leurs imperfections. Même s’ils n’ont pas toujours su le dire et le vivre parfaitement, ils ont cru que Dieu les aimait. Et ils ont essayé d’aimer,  avec toute la maladresse des débutants, ceux qui venaient croiser leurs chemins. En aimant ceux qu’ils voyaient, ils ont ainsi découvert Celui qu’ils ne voyaient pas.

 

Au fil des Béatitudes, que nous venons d’entendre, des images, des visages sont sans doute remontés à la mémoire de chacun d’entre nous. Ces pauvres de coeur, ces êtres infiniment doux, ces hommes et ces femmes qui pleuraient et qui avaient faim et soif de justice, ces êtres rayonnants de miséricorde, de pureté et de paix, ces personnes que l’on méprisait et que l’on insultait faussement, nous les avons tous croisés, un jour ou l’autre, sur notre chemin, dans notre entourage. Et sans doute avons-nous tous vécu aussi nous-même cette expérience?

 

La sainteté que nous célébrons aujourd’hui n’est donc pas inaccessible, réservée à une élite de gens parfaits. Il en faut, certes, pour nous encourager et nous guider, mais Dieu n’a pas choisi de s’entourer uniquement de quelques rares et somptueuses icônes. C’est nous, chacun de nous, qu’Il attend et qu’Il désire. C’est nous, chacun de nous, qu’Il aime d’un amour sans mesure et sans regret. Il sait bien qui nous sommes, bien mieux que nous, mais Il nous veut avec Lui, parce qu’Il nous a faits pour Lui. Comme le proclamait Sainte Thérèse de Lisieux, il y a toutes sortes de fleurs dans les jardins de Dieu, celles qui en imposent et que l’on regarde avec admiration, et puis il y a aussi celles que l’on ne voit pas, qui passent inaperçues, sauf aux yeux de Dieu.

 

Les saints que nous célébrons aujourd’hui, ce sont tous ceux-là, ces saints discrets, silencieux, pas toujours convenables, ces saints qui constituent cette “foule immense, que nul ne peut dénombrer”, et que l’Apôtre Jean a vus devant le trône de l’Agneau. Et cette foule, Dieu nous invite à en faire partie, nous aussi. Il nous demande, chacun selon la mesure de grâce que nous avons reçue, de nous joindre au peuple des pauvres de coeur, des doux, des miséricordieux, des artisans de justice et de paix. Il nous appelle à convertir nos larmes, notre faim de justice, notre sentiment d’être méconnu et persécuté, en joie spirituelle. Osons croire que Dieu nous veut aussi près de Lui. Osons croire qu’Il nous aime, plus que nous ne nous aimons nous-mêmes!

 

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