Trente-troisième Dimanche TO., Année A

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Ez 34, 11-17; 1 Co 15, 20-28; Mt 25, 31-46.

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Ce qu’attendent les rois, les puissants de la terre, tous ceux qui se battent pour prendre la première place, c’est qu’on les serve, qu’on les reconnaisse, qu’on les respecte et qu’on les honore. D’une certaine manière, c’est l’aspect le plus fragile, le plus vulnérable, de toute forme de puissance: ce besoin d’être reconnu, respecté et aimé. Et, pour parvenir à ce but, tous les moyens sont bons, parfois même jusqu’à la violence la plus abjecte. Mais derrière l’apparence la plus orgueilleuse, la plus méprisante et la plus ostentatoire se dissimule, bien souvent, la blessure d’un être qui a soif d’exister, d’être aimé. Et nombreux sont aujourd’hui ceux qui se bousculent sur l’estrade de ce monde, pour être un instant remarqués, honorés, et même adorés.

 

Mais notre monde a aussi besoin de rois, même s’ils sont éphémères et retournent vite dans l’oubli. Il a besoin d’oublier la dure réalité de la vie, avec ses épreuves et ses échecs, pour se laisser engloutir, ne serait-ce qu’un instant, par l’émotion de ces foules qui adulent celui ou celle qui semble pouvoir porter et réaliser ses espérances. Face à l’insécurité de notre monde, face à la peur de l’inconnu, face au doute et à l’incertitude, nous avons besoin de nous appuyer sur quelqu’un, quelqu’un qui nous semble plus fort, plus assuré, et qui sait où il va.

 

Dans l’évangile de ce jour, Jésus assume, d’une certaine façon, ce besoin inné de notre humanité. Le Fils de l’Homme apparaît dans sa gloire, sur un trône splendide, il juge toutes les nations rassemblées devant lui, et sépare les bons des méchants. Il prononce un jugement sans appel. Jésus reprend, en l’amplifiant et en la solennisant encore davantage, l’image que nous nous faisons d’un roi, de sa puissance, de son rôle. Mais il y ajoute une touche tout à fait singulière, qui déroute l’auditeur attentif.

 

En effet, si les rois de la terre se plaisent à faire sentir leur pouvoir, s’ils aiment être entourés d’honneurs et de splendeurs, tels ne sont pas, pourtant les critères du jugement que Jésus nous propose ici. Jésus ne réclame rien pour lui-même. Ce qui compte, ce n’est pas d’avoir répété “Seigneur, Seigneur”, ou encore d’avoir multiplié les prescriptions et les interdits! Jésus ne nous dit pas que nous serons jugés sur nos observances, mais sur l’amour de nos frères. Comme le répètera à son tour Saint Jean de la Croix, “nous serons jugés sur l’amour”!

 

Et cet amour, Jésus ne le réclame pas pour Lui-même, ni même pour son Père. Il n’est pas question de Dieu, dans tout cela, mais bien de l’homme, du frère, du prochain, du petit, de l’humble, du pauvre. D’une façon qui peut nous paraître pour le moins étrange, et même quelque peu scandaleuse, Jésus bouleverse radicalement la logique de nos royaumes de la terre. Il ne nous donne pas seulement un roi, mais des rois, une multitude de rois. Il fait de nous un peuple de rois. En chacun de nous, en chacun de nos frères, c’est Jésus qui est présent, c’est son visage qu’il s’agit de reconnaître, d’honorer, d’aimer. De chacune et chacun d’entre nous, Dieu a fait un roi.

 

Si Jésus est roi, c’est pour nous révéler notre propre vocation royale. Nous sommes tous appelés à nous laisser investir, envahir par sa présence et à devenir comme lui, cet “homme qui passait en faisant le bien”, comme le dira Saint Pierre. Car seul celui qui se laisse habiter par Jésus, qui lui ouvre son coeur et ses mains, peut, à son tour, reconnaître, en ses frères, la présence du roi qui a conquis son coeur. Le royaume de Dieu, qu’est-ce donc sinon le fait de se laisser envahir, jusqu’au plus intime de soi, par la présence du seul vrai roi qui puisse sauver le monde, Jésus, le Fils de l’Homme et le Fils Unique de Dieu!

 

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