Cinquième Dimanche de Carême, Année B

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Jer 31, 31-34; Hb 5, 7-9; Jn 12, 20-33.

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Comme c’est souvent le cas, dans l’évangile de Jean, la réponse de Jésus surprend et déroute. Et c’est dans ce décalage, dans l’apparente discordance entre la question adressée à Jésus et la réponse du Maître, que se trouve le message que l’évangéliste veut nous faire entendre. Mais reprenons d’abord rapidement le cours du récit.

Des grecs, des étrangers, des gens cultivés, qui ont entendu parler de Jésus et qui ont été attirés par sa renommée, s’adressent à ceux qui le suivent. Ils voudraient le voir. On image la scène: une foule entoure Jésus et la vénération et l’admiration dont on l’entoure empêchent Philippe de l’aborder directement. Il doit passer par André, plus proche et plus intime compagnon du Maître.

Tout semble donc indiquer que Jésus fait partie de ceux qui comptent dans le monde, car il est respecté, révéré, entouré. Mais Jésus n’est pas dupe. Ce n’est pas cette gloire là qu’il est venu chercher. Il ne cherche pas à attirer des foules autour de lui, à être admiré et adulé. Ce qu’il est venu accomplir, c’est la volonté du Père, le salut du monde. Or le salut ne passe pas par le chemin du consensus et de la renommée, mais il passe par la croix et la solitude de Gethsemani. Jésus le sait, Jésus le dit, mais personne ne le comprend. Pas même ceux qui lui sont très proches.

C’est cette brisure que l’auteur de l’Epître aux Hébreux, avec ses mots à lui, essaye de nous faire pressentir, lui aussi. Il nous aide à comprendre ce qu’il y a de douloureux et de bouleversant dans la réponse de Jésus. Jésus est « bouleversé », il demande d’être « délivré de cette heure ». C’est « avec un grand cri et dans les larmes » qu’il choisit cette autre voie, celle de la vérité et de l’amour.

Bien souvent, dans l’Eglise, dans nos communautés, nous sommes tentés par la première voie, celle du consensus, de la gloire de ce monde, de la réussite facile. Nous avons peur des mots qui fâchent, des réactions de rejet, des contradictions brutales. Nous ne sommes plus habitués, après des décennies de tranquillité, à nous heurter à la violence et au mépris du monde. Et nous sommes parfois prêts à sacrifier la vérité, pour éviter la contradiction et le conflit.

Nous avons peur, le mot est lâché! Et cette peur nous paralyse et nous enferme, au point de nous faire parfois accepter n’importe quoi. C’est pourquoi l’évangile de ce jour conserve sa brûlante actualité. Comme Jésus l’a fait au moment de sa Passion, l’Eglise, depuis des siècles, et chacun des chrétiens qui est membre de son corps, doit choisir douloureusement l’autre voie. Car la vérité de l’évangile garde toute son étonnante fraîcheur et son incroyable pouvoir de remise en cause et de renouveau!

Cette loi d’amour, qui ne se résigne jamais au mal, qui protège les plus humbles et les plus petits, ceux qui ne peuvent se défendre, qui accueille ceux qui souffrent et se sentent perdus, qui ne méprise personne, ne juge personne, ne chasse personne, cette loi est toujours d’actualité. On veut nous faire croire, dans ce monde où on a pris l’habitude de tout manipuler, l’argent et la vie, comme la matière et les idées, que l’homme n’est qu’une chose parmi d’autres, une marchandise parmi d’autres.

En réaffirmant la merveille de la création, la dignité de tout être humain, la splendeur de la vérité, de la beauté et de la bonté, l’Eglise ne fait que suivre son Seigneur. Ce chemin est parfois douloureux et semé d’embûches, mais l’Eglise sait que seul l’amour transformera le monde, que seule la vérité peut nous rendre libre, et que la beauté est l’unique source de la joie. Et elle sait que ça vaut la peine de donner sa vie pour cela!

 

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