Solennité de la Pentecôte

Au soir de l’Ascension, les disciples s’étaient retrouvés seuls, sans Jésus. Après la joie des retrouvailles, au jour de la Résurrection, voilà que Jésus leur manquait de nouveau. La brûlure de cette nouvelle absence se faisait encore plus douloureusement sentir à leurs coeurs de chair. Certes, ils l’avaient vu de leurs yeux, ils l’avaient touché, ils avaient mangé et bu avec Lui. Mais, désormais, il leur manquerait encore plus. Jésus était vivant, mais il n’était plus là avec eux.

La venue de l’Esprit Saint, promis par Jésus Lui-même, n’allait pas transformer cette absence en présence. Jésus continuerait à leur manquer. Mais cette absence de Jésus, par l’action de l’Esprit, allait devenir, pour les disciples restés seuls, une invitation à attendre son retour, une invitation à vivre dans l’espérance et à annoncer cette venue au monde. L’Esprit Saint n’a pas pour mission de combler le vide qui s’est creusé dans le coeur des disciples. Bien au contraire, il va le creuser encore, le rendre si fort, si profond, si douloureusement doux, que les apôtres vont avoir le désir de le partager avec d’autres et de l’annoncer au monde entier.

Telle est bien l’action paradoxale de l’Esprit Saint depuis lors dans le coeur des croyants. Il ne comble pas nos manques, il ne remplit pas nos insuffisances et nos faiblesses, mais il en fait le point de départ de l’annonce du retour de Jésus. Tout ce qui, aux yeux du monde, pourrait paraître comme imperfection, limite, pauvreté, il en fait un tremplin, une chance, une grâce. S’il fait de nous des témoins, ce n’est pas malgré notre faiblesse, mais à travers elle, grâce à elle.

Car ce qui a frappé les hommes de tous les temps et qui a converti les multitudes, ce n’est pas la perfection des disciples, leur capacités, leurs dons, mais justement le contraire. C’est lorsqu’ils faisaient l’expérience de leur faiblesse, qu’ils étaient forts. C’est lorsque tout semblait perdu, qu’ils étaient humiliés et rejetés, que la puissance de Dieu se déployait dans leur faiblesse.

Tel est bien le paradoxe du christianisme, à toutes les époques, à notre époque. Et sans doute est-ce la raison pour laquelle, Dieu semble parfois nous laisser tomber, quand nous commençons à croire que nous parviendrons à convertir le monde par nos propres forces. Comme le disait déjà Saint Jean Cassien au Vesiècle à ses moines impatients de leurs fragilités, « Dieu n’a pas besoin de notre force, mais de notre faiblesse et de notre patience »! Car c’est là, et là seulement, alors que nous nous sentons trop petits, trop vulnérables, alors que nous faisons l’expérience que sans Lui, nous ne pouvons rien faire, c’est alors et alors seulement que Dieu peut accomplir son oeuvre en nous et à travers nous.

Cette oeuvre, Saint Paul en a discerné les premiers fruits, dans son épître aux Galates. Ces fruits de l’Esprit, « amour, joie paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi », ne ressemblent en rien à ceux que nous produisons habituellement, quand nous sommes laissés à nous-mêmes. Ce qui est chair conduit inévitablement à la chair, à la corruption et à la mort. Par contre, ce qui est Esprit et vient de l’Esprit conduit immédiatement à la vie.

Le monde où nous vivons est rempli de gens compétents, efficaces, puissants et courageux. Il ne manque pas d’analystes et de stratèges, de grands esprit et de beaux-parleurs, mais il lui manque des disciples humbles et doux, compatissants et miséricordieux, qui ne cherchent pas à impressionner ou à embrigader, mais tout simplement à aimer. Il lui manque des hommes et des femmes qui se laissent guider par l’Esprit de Dieu et qui portent en eux ces fruits de l’Esprit: « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi ». Face à tout cela, il n’y a rien qui puisse tenir, rien qui puisse résister, rien qui puisse nous enchaîner!

 

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