Noël, Messe de Minuit

+
Is 9, 1-6; Tt 2, 11-14; Lc 2, 1-14.
+

C’est avec un luxe de détails, digne des plus vieilles chroniques de l’Empire Romain, que Saint Luc inscrit la naissance de Jésus dans l’espace et le temps. Cette insistance n’a rien d’anodin. En effet, par cette accumulation d’informations, dont la précision peut étonner, l’évangéliste veut montrer qu’il s’agit d’un événement réel, que l’on peut situer et dater, comme toute naissance humaine.

Mais, en même temps, à cette dimension humaine et sociale de la naissance du fils de Marie, l’auteur sacré apporte une dimension supplémentaire, par le récit de l’apparition des anges aux bergers et l’explosion de gloire qui la suit. Ainsi, souligne-t-il, dès le début de son évangile, l’origine mystérieuse et le destin hors du commun de l’enfant qui vient de naître.

Par cette juxtaposition de deux univers, de deux royaumes, nous avons en fait une extraordinaire synthèse de la foi que l’Eglise ne cesse de proclamer, depuis les origines. Celui qui est né, en ce soir de Noël, est vraiment homme, pleinement et réellement homme. Mais Il est aussi, en même temps, et d’une manière tout aussi certaine et absolue vraiment Dieu, Fils du Père, engendré avant tous les siècles, Maître du temps et de l’histoire.

Ce que Saint Luc avait ainsi énoncé en quelques phrases, il faudra des siècles à la théologie, et ce n’est pas fini, pour tenter d’en exprimer toute la richesse et la profondeur. Certes, notre époque a du mal à accepter cette irruption de Dieu dans l’histoire des hommes. Mais il n’en fut pas toujours ainsi, et, aux débuts du Christianisme, ce fut d’abord l’humanité du Christ, la réalité de sa chair et de sa Passion qui furent mises en doute.

Par contre, pour nous, aujourd’hui, ce qui fait plus problème, ce qui suscite le doute et l’ironie, c’est plutôt la réalité divine qui se cache dans l’enfant de Bethléem. Nous voulons bien nous attendrir sur cet enfant pauvre, né dans une étable, victime des décisions administratives et politiques de son temps. Mais reconnaître que le Dieu tout Puissant, le Créateur du ciel et de la terre se trouve réduit à cet enfant, voilà qui scandalise ou provoque la moquerie.

Et pourtant, si nous y réfléchissons un peu, si Dieu est Amour, comme nous le croyons, et si nous avons un tel prix à ses yeux, pourquoi n’irait-Il pas jusqu’à se faire l’un de nous, en prenant chair de notre chair, pour marcher de nouveau avec nous, comme un ami marche avec son ami?

Si nous sommes prêts à accepter cela, à voir en Jésus ce Dieu Bon qui vient faire route à nos côtés, emprunter nos sentiers et partager nos joies et nos peines, instaurer un royaume de paix et de fraternité universelle, il y a cependant un autre aspect de cette mission du Fils de Dieu que nous avons du mal à accepter. C’est celle qu’évoquait l’Apôtre, dans la seconde lecture.

En effet, dès qu’on nous parle du péché, du rachat de nos fautes, nous nous sentons moins à l’aise. Si nous comprenons facilement que le mal ronge le monde où nous vivons, nous ne voyons pas comment la naissance et la Passion de Jésus pourraient changer le cours des choses! Nous avons du mal à accepter qu’Il est Sauveur, pour chacun d’entre nous!

Et pourtant, cette expérience du salut est le fondement même de notre foi! C’est parce que nous savons, d’expérience, que, sans Lui, notre vie tombe en ruines, et que, sans Lui, nous ne pouvons faire le moindre bien, que nous commençons à comprendre un petit peu la force que Dieu nous donne, en Jésus,  Lui qui est pour nous « Merveilleux Conseiller, Dieu Fort, Père à jamais, Prince de la Paix »!


Cette entrée a été publiée dans Homélies 2006. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.