Seizième Dimanche du T.O., Année B

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Jr 23, 1-6; Eph 2, 13-18; Mc 6, 30-34.

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« Venez à l’écart, dans un endroit désert, et reposez-vous un peu »! La remarque de Jésus à ses disciples sonne un peu comme une invitation à laisser de côté nos soucis et nos projets; en un mot, comme une invitation à prendre des vacances. Et elle est d’autant plus surprenante que le ton de la première lecture, tirée du livre de Jérémie, était bien différent. Le prophète reprochait en effet aux pasteurs de prendre du bon temps, de relâcher leur vigilance sur le troupeau. Si la liturgie de ce jour nous propose ces deux passages des Ecritures, l’un à la suite de l’autre, ce n’est certes pas en vain. Que veut donc nous dire l’Eglise?

Certes, les mauvais pasteurs, ceux qui se servent les premiers et profitent de leur situation pour s’enrichir, ne manquent pas aujourd’hui encore, comme au temps du prophète Jérémie. Et il convient de réagir contre ce type de comportements, c’est évident. Nous faisons facilement nôtres ces récriminations du prophète Jérémie. Par contre, nous avons plus de mal à comprendre la remarque de Jésus à ses disciples! Ils étaient sans doute prêts à continuer sur leur lancée, à s’investir davantage dans la tâche exaltante qui leur était confiée. Le succès de leur prédication leur donnait des ailes! La résistance des adversaires les stimulait. Alors, pourquoi s’arrêter en si bon chemin?

D’autant que les foules se pressaient autour d’eux! Comme le dira Lui-même Jésus « la moisson est abondante, et les ouvriers si peu nombreux »! Pourquoi alors se retirer dans un endroit à l’écart, pourquoi prendre du recul et du repos? Ne vaudrait-il pas mieux profiter de l’engouement des foules pour multiplier les conversions et susciter un grand élan passionné? Pourquoi donc s’arrêter alors que les besoins semblent se multiplier et que le travail en attente est si grand? Pourquoi?

Benoît XVI, dans un petit livre intitulé « la gloire de Dieu aujourd’hui », nous livre quelques éléments de réponse. Le Pape nous fait d’abord remarquer que « nous nous surestimons à chaque fois que nous croyons être complètement indispensables ou que le cours du monde ou de l’Eglise dépend de notre capacité à faire preuve d’une agitation débordante ». Le danger qui guettait les premiers disciples du Seigneur, et qui nous guette encore aujourd’hui, est de nous imaginer que le salut du monde, de l’Eglise ou de notre communauté, familiale ou monastique, dépend de nous, et de la masse d’énergie et d’activité que nous sommes capables de déployer. En nous appelant au repos, Jésus nous sauve donc d’abord d’une illusion, il nous remet à notre juste place.

Et le pape continue: « c’est souvent un acte d’authentique humilité et d’honnêteté constructive de savoir nous arrêter, reconnaître nos limites, nous accorder du temps pour souffler et nous reposer ». L’illusion de la toute puissance, de l’efficacité absolue, de la réussite sans failles est toujours là, à notre porte. Elle risque toujours de transformer les autres en faire-valoir de nos capacités. Nous étions sensés les servir et les aimer, et nous finissons par les utiliser pour l’élaboration de notre propre image.

Et Benoît XVI conclut: « il nous est d’autant plus indispensable de nous extraire de nos activités, de chercher le souffle de la création afin de pouvoir le rencontrer et de pouvoir nous trouver ». Prendre du temps pour soi, oser s’arrêter, se libérer un moment dans la solitude, requiert parfois bien plus de courage et surtout de confiance et de foi. Car là est sans doute le maître-mot de l’enseignement que Jésus nous donne aujourd’hui: la foi.

C’est bien leur manque de foi qu’il reproche aux apôtres, quand ces derniers se scandalisent du sommeil de Jésus, dans la barque, au milieu de la tempête. Et c’est bien encore leur manque de foi que Jésus souligne, lorsqu’il redescend de la montagne, où il s’était retiré pour prier.

Saint Paul le rappelait dans la seconde lecture, « c’est Lui qui est notre paix »! La paix comme la vie, la joie comme l’amour, sont un don de Dieu. Nous ne pouvons les fabriquer, les inventer, et encore moins les gérer. Toutes nos institutions humaines ne sont rien, si elles ne sont portées par la foi! La plus grande urgence de notre vie, ce n’est pas de construire la paix, mais de la recevoir de celui qui seul peut vraiment nous la donner. Nous avons besoin de réapprendre à écouter sa parole, à persévérer dans la prière, à le laisser transformer nos coeurs, pour qu’il en fasse des coeurs qui écoutent et qui aiment, des coeurs qui sachent entendre et répondre à son appel.

 

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