Dix-septième Dimanche du T.O.

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2 R 4, 42-44; Eph 4, 1-6; 6, 1-15.

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Tous ceux qui ont entendu l’appel de Dieu, tous ceux qui ont voulu le suivre, ont un jour fait l’expérience de cette démesure, de cette disproportion entre les moyens dont ils disposaient et ce qui leur était demandé. L’évangéliste Jean nous dit que Jésus voulait mettre Philippe à l’épreuve, comme autrefois le prophète Elisée l’avait fait avec son serviteur. Pour les amis de Dieu, cette mise à l’épreuve fait donc partie de la vie avec Dieu. L’évangile de ce jour, comme la première lecture, tirée du second livre des Rois, nous en donnent les caractéristiques essentielles.

Dans les deux cas il s’agit de nourriture. Il s’agit donc d’un besoin vital, d’une question de vie et de mort. Au fond, Dieu ne s’intéresse pas aux broutilles qui nous passionnent si souvent, dans les sociétés d’abondance où nous vivons. Il nous ramène aux questions essentielles, à ce qui fait le fondement de notre vie. L’épreuve nous touche toujours au point sensible de notre être, de la vie, de l’amour, de la mort. Et, ce faisant, elle nous ramène à notre véritable dimension de créature.

Car la deuxième caractéristique de cette épreuve, telle qu’elle nous est décrite dans les lectures de ce jour, c’est cette confrontation presque brutale à la réalité, qui nous fait toucher du doigt notre impuissance. Que peut bien faire un seul homme devant une multitude affamée? Que peut faire un seul homme devant l’attente d’une foule? L’épreuve biblique a toujours cette dimension presque tragique du sentiment de n’être rien, de ne rien pouvoir, de ne rien savoir.

Car elle met à nu le vide de tout ce qui agite si souvent nos esprits. Dans cette situation, qu’importent les belles paroles et les grands sentiments? Tout cela n’est que du vent, vanité et tromperie. Dans l’épreuve, l’homme se retrouve sans rien, les mains nues, dépouillé de tous les artifices qui font illusion et donnent une impression de pouvoir et de puissance. L’épreuve met l’homme face à lui-même.

Mais l’épreuve biblique n’est pas seulement l’expérience de notre infinie fragilité. Si elle nous révèle notre pauvreté, elle est aussi et surtout le moment où nos limites humaines vont brusquement exploser. De manière inattendue, ce qui nous paraissait impossible, au delà de nos forces, nous est offert, gratuitement. Les pains se multiplient, les attentes sont comblées, et il y en a même plus qu’il n’en faut.

Cette expérience, il en fut souvent le témoin surpris, ce fameux curé d’Ars que le Pape Benoît XVI nous a proposé comme modèle en cette année du sacerdoce. Ses greniers étaient vides, les orphelins risquaient la disette, et voilà que les réserves de blé étaient miraculeusement renouvelées. Mais il ne faut sans doute pas aller si loin. Dans notre propre vie, nous avons tous fait un jour l’expérience de cette munificence de Dieu qui nous donne ce que nous n’attendions plus, bien au delà de nos attentes.

Mais les lectures de ce jour ne se limitent pas à nous décrire ce nécessaire passage par l’épreuve de tout disciple de Jésus et le miracle qui le suit. Elles veulent aussi nous dévoiler un aspect bien plus important. Ce don essentiel qui nous est si nécessaire pour continuer notre route, il est là, à notre portée. Dans des milliers d’églises, de par le monde, l’eucharistie est célébrée, elle est présente, elle nous attend. Le miracle du don de la vie est permanent et il est à portée de notre main.

Dans la plus humble de nos églises et de nos chapelles, Dieu est là qui nous attend, pour nous offrir ce qu’il y a de plus essentiel, de plus vital: son Corps livré, son amour miséricordieux, sa Parole de vie. Il nous suffit de pousser la porte pour entrer, de nous asseoir en sa présence, d’écouter, de communier. Dieu se donne sans limites, sans mesure. Nous sommes ses invités. C’est Lui qui nous attend!

 

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