Deuxième Dimanche de Pâques

(Abbaye de Belval)
Sans doute avons-nous de bonnes raisons de garder nos portes verrouillées, de rester dans l’obscurité d’un tombeau, de nous accrocher à toutes sortes de blessures. Mais Jésus a de meilleures raisons pour briser tout cela et offrir la vie en son nom et le bonheur.
Marie-Madeleine était si proche de Jésus : elle l’avait suivi depuis la Galilée jusqu’à Jérusalem et jusque ces jours de ténèbres où il fut trahi, livré, condamné, crucifié. Sur le Golgotha, elle était là. « Près de la croix de Jésus, se tenaient debout sa mère, et Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala ». Elle a vu Jésus descendu de la croix, conduit dans le jardin proche, et mis dans ce tombeau neuf. Et le matin elle ne peut voir que l’absence du corps, le vide béant du sépulcre. « Un souffle glacé émane de (son) âme où repose le défunt, où (elle) l’a embaumé et enveloppé des bandelettes de (son) respect qui n’attend lus rien. (Elle) veut entourer le tombeau d’un culte immortel, prier sans relâche, faire célébrer dans les églises un service sans espoir en l’honneur de (son) amour défunt. Hélas ! » Elle est comme figée « dans la douleur vide et inconsolée, la lassitude qui ne peut même plus s’affliger… »
Or, derrière elle, est la Vie ! Et voilà que Jésus lui parle. Elle se retourne et ne le reconnaît pas ; son œil désaccoutumé de la lumière est incapable de la percevoir.
Et soudain, un seul mot : son nom, « Marie ! » Son nom dit par celui qui est amour, jailli des lèvres qu’on croyait fermées à jamais.
Tout ce qu’elle croyait, tout ce que nous croyons, tout ce que nous imaginons, tous les voiles auxquels nous nous accrochons, Jésus les brise d’un mot. Par notre seul nom, il nous rend à la lumière et ouvre à la vie.
Thomas est lui aussi, en quelque sorte, enfermé, muré dans ses solides certitudes. Les évidences sont pour lui : qu’on lui prouve le contraire ! « Il croit voir plus clair que les autres, il a en mains des preuves, il tient solidement une évidence irréfutable, et tout son être crie : Impossible ! » Il s’est identifié à sa souffrance. « Sa douleur, il l’estime sensée ; par elle, il croit prouver sa fidélité ».
Là encore, Jésus prend les moyens qu’il faut. Il ne peut rester prisonnier du tombeau imaginaire où Thomas le tient enseveli. Il lui fait toucher du doigt son corps bien réel, son corps marqué par les clous. Il ordonne à Thomas de sortir de son tombeau, il lui ôte son cœur glacé, son cœur de pierre, et lui donne un cœur de chair qui bat au rythme du sien.
Thomas soutenait ses certitudes et ses défenses de toutes ses forces. Mais au contact de Jésus, elles ont fondu comme neige. Quoi de plus simple et de plus doux que d’ouvrir les portes à l’amour ?
Les témoins nous l’annoncent à nous aussi : « J’ai vu le Seigneur ! » Et Jésus lui-même se tient au milieu de nous ; ou à nos côtés, sur nos chemins. Laissons-le dire notre nom, se joindre à nos pas, se dire lui-même par telle ou telle parole ; laissons-le apparaître en nos frères et sœurs. Rien ne lui résiste : ni portes verrouillées, ni tombeau scellé. Reste à lui répondre : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
(H.U.v.Balthasar, Le cœur du monde)
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