Onzième Dimanche du T.O.

Le pharisien et la pécheresse.

 

 

Par deux fois dans son Évangile Saint Luc met en scène un Pharisien et un pécheur ou une pécheresse.  Le premier texte est celui que nous venons d’entendre, le second commence par cette phrase solennelle dans une parabole de Jésus :

Deux hommes montèrent au Temple pour prier ;

 

l’un était Pharisien et l’autre publicain. (Lc 18,10)

Nous pourrions comparer les deux textes, ce qui nous aiderait à comprendre le message de miséricorde que Saint Luc rappelle tout au long de son Évangile tant dans les dialogues de Jésus avec ses interlocuteurs que dans les paraboles qu’il met dans la bouche de Jésus.

Jésus était proche du mouvement pharisien, ces hommes pieux qui voulaient renouer avec la grande tradition de la rencontre de Dieu avec Moïse et le peuple.  Ils essayaient de vivre la Loi au quotidien, ce qui n’était pas une mince affaire, et avaient malheureusement tendance à juger les juifs moins pieux, sans parler d’une antipathie avouée pour les pécheurs « publics ». C’est ainsi que le pharisien dans la parabole, en parlant à Dieu du publicain qui se trouve au fond du Temple, dit :

Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain. (Lc 18,11)

Et dans l’Évangile de ce matin, le pharisien se dit en lui-même :

Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse.

Oui, nous avons bien entendu : le pharisien se dit « qui est cette femme et ce qu’elle est ».  La fonction, le péché passent avant la personne. L’étiquette lui colle à la peau, impossible de s’en défaire, impossible de sortir de cet engrenage de mépris.

C’est bien du haut de leur grandeur et de leur ritualité que ces deux pharisiens jugent sévèrement leurs inférieurs.  Dans les deux cas, Jésus veut dire une parole constructive, une parole d’amour.  Il n’est pas venu seulement pour encourager les « bons » à faire davantage, mais il est avant tout venu redonner confiance aux pécheurs.

La femme, quant à elle, s’est fait une réflexion semblable à celle de Simon, en se disant probablement : « Cet homme est prophète, il peut me délivrer l’engrenage de la vie que je mène. »  C’est pourquoi elle a l’audace de s’introduire dans la maison du Pharisien alors qu’elle n’est pas invitée.

Elle n’a pas peur d’exprimer son désarroi par des pleurs aux pieds de Jésus, elle se permet même de répandre un parfum précieux sur ses pieds.

Jésus ne désapprouve aucun des gestes, aucun des signes, aucune des pensées de ses deux interlocuteurs.  Le pharisien qui se dit « homme pur », trouvant sa justification dans la pratique de la Loi, la pécheresse publique qui s’accroche à l’Envoyé de Dieu, tous deux sont également aimés de Jésus.  Dans la mesure où ils ouvrent leur cœur à l’amour divin, Jésus les comble.

Dans les derniers mots de Jésus à la femme nous trouvons la clé de toute la scène.  Ta foi t’a sauvée.  Oui, c’est dans la foi qu’on reconnaît en Jésus le Messie, le Fils de Dieu.  La foi du pharisien est nettement moins profonde, puisqu’il se dit en lui-même : Si cet homme était prophète…

Nous pouvons également penser que la femme fut réellement retournée, convertie, par sa rencontre avec Jésus.  Oui, sa foi l’a sauvée, mais Jésus aurait pu rajouter ce qu’Il a dit à maintes autres occasions, en particulier à la femme adultère que les Juifs lui avaient amenée : Va, et désormais ne pèche plus. (Jn 8,11)

Que la participation à cette eucharistie augmente notre reconnaissance pour l’amour infini que Jésus nous offre, malgré nos péchés, ou à cause de nos péchés.  Jésus nous offre son pardon bien au-delà de l’amour que nous Lui portons.  Que Jésus puisse nous dire, à nous aussi : Ta foi t’a sauvé.  Va en paix et désormais ne pèche plus.

 

Frère Bernard-Marie

 

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