Solennité de Saint Benoît

Voilà que S. Benoît, père des moines, met dans l’ombre aujourd’hui le 15° dimanche du temps ordinaire. C’est que, chez nous cisterciens, il est honoré de manière toute spéciale puisque nous vivons selon la Règle de vie qu’il a écrite.

Un auteur qui se perd dans la nuit des temps : la fin de l’Antiquité, l’aube du Moyen Age, le VIe siècle. Le texte de sa Règle a donc vieilli par certains côtés, c’est bien naturel, mais il reste une source vive pour notre temps. Il demeure un texte à vivre.

L’oraison de cette messe de S. Benoît, cad la prière du début de l’Eucharistie que nous avons entendue tout à l’heure, a retenu un axe porteur, qui vaut pour les moniales et les moines, mais qui vaut aussi pour tout disciple du Christ. « Permets, nous t’en prions, Seigneur, que sans rien préférer à ton amour, nous avancions d’un cœur libre sur les chemins de tes commandements ».

Le « Sans rien préférer à ton amour » reprend l’un des outils proposés plusieurs fois par S. Benoît, outil qui ne tient qu’en quatre mots en latin : « ne rien préfrer à l’amour du Christ ».

C’est d’abord un chemin d’humanité personnelle, pourrait-on dire. D’humanité qui croît jusqu’à cette taille adulte dont la mesure échappe à nos mesures humaines puisqu’elle est christique, divine.

Il s’agit de laisser dans notre vie toute la place à l’amour du Christ. Entendons : à l’amour du Christ pour nous. Nous passons tant de temps à le laisser de côté, ou même à le fuir. Or, à chaque fois, il se révèle le vrai soleil, la vraie lumière, la vraie douceur et la vraie joie de nos existences.

« Ne rien préférer à l’amour du Christ » pour nous, voilà ce qui attire l’oreille du disciple de S. Benoît. C’est ce qui le met en route sur les chemins pratiques qu’il propose : la vie dans une communauté sous une règle et un abbé, une vie tissée d’obéissance, de silence et d’humilité, celle du publicain qui reste au fond de l’église et n’ose pas lever les yeux au ciel.

« Ne rien préférer à l’amour du Christ » pour nous, c’est aussi la préférence qui conduit le disciple de S. Benoît à préférer touts les autres. C’est-à-dire : à laisser place à tous les autres, à leur donner la préférence, à les faire passer tous avant soi. Par là, Benoît construit les bases solides de la communauté monastique, mais aussi les bases valables pour toute communauté humaine.

Citons la clé de voûte de toute la Règle de S. Benoît, son avant-dernier chapitre : « Qu’ils se préviennent d’honneur les uns les autres ; qu’ils supportent entre eux avec une très grande patience leurs infirmités physiques ou morales ; qu’ils s’obéissent à l’envi ; que nul ne recherche ce qu’il pense lui être utile mais plutôt ce qui l’est à autrui. »

Cette démarche n’est possible qu’à condition de laisser la place au Seigneur et de quitter ce qui nous rive à nous-même. Ce n’est pas forcément toute une série de choses, comme la série impressionnante  évoquée par les Apôtres ni un monceau de richesses, comme le jeune homme riche de l’Evangile ; mais il y a en chacun de nous un ou plusieurs rivets, qui ont besoin de sauter. Et, s’ils résistent, présentons-les au Seigneur : lui-même finira par les faire sauter, par nous rendre libres pour aimer.

 

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