Trente-deuxième Dimanche TO.

2 M 7,1-14 ; 2 Thes 2,16-3,5 ; Lc 20,27-38

« Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants » Alors pourquoi vouloir, à l’aide d’une histoire à dormir debout, de sept frères ayant épousé la même femme, remettre en cause cette grande espérance que les croyants ont depuis toujours ? Regardez les sept frères de la première lecture, arrêtés avec leur mère, à cause de leur foi. Leur réponse à leurs bourreaux est toujours celle des croyants fidèles : « Notre vie actuelle n’est pas la vraie vie, elle prépare une vie meilleure auprès de Celui qui nous a créés. Nous ne sommes pas faits seulement pour ce monde mais pour une destination bien plus grande, bien plus belle qui relativise toutes vos arguties limitées à cette terre. Nous sommes destinés à la vie éternelle avec notre Créateur et Maître et avec notre Seigneur Dieu ».

 

Jésus ne répond pas autre chose aux Sadducéens qui se croyaient au-dessus du commun des mortels en ne croyant pas à la résurrection des morts. Ils pensaient que la résurrection n’était pas explicitement exprimée dans le Livre de la Loi. Ils se voulaient ainsi garants de la tradition de Moïse. Certains de nos contemporains aujourd’hui rêvent à une certaine réincarnation ou vivent comme si il n’y avait rien après la mort. Face à une immoralité qui semble s’afficher comme une nouvelle manière de vivre, face à la propension à vouloir ridiculiser tout ce qui est le plus noble dans l’homme, quelle réponse adéquate le croyant peut-il donner ? N’est-ce pas celle de vivre en acte cette foi invincible en la résurrection des corps, foi qui donne sens à notre vie et la dirige ?

Jésus est mort et ressuscité pour que nous ressuscitions nous aussi. Telle est la foi de toujours, la foi de l’Église, la foi des martyrs des premiers siècles, la foi des martyrs d’aujourd’hui, mais aussi, d’une certaine manière, la foi des martyrs d’avant Jésus qui croyaient en une résurrection des corps, comme nous le montre la première lecture. Dieu le Vivant n’a pas pu faire la mort. Telle était la foi d’Abraham, de Jacob et d’Isaac, de Moïse, de David et de tous ceux qui leur ont succédé, de Job et de nombreux hommes. Mais qu’est-ce que cette résurrection des corps ?

Ce ne sera pas reprendre une vie terrestre comme maintenant, nous fait remarquer Jésus. Elle sera une vie différente. Vivre dans la gloire même de Dieu éternellement. Là, il n’y aura plus d’arguties possibles à présenter. L’évidence et la manifestation du Vivant seront notre joie et notre bonheur. Enfin, nos pleurs et nos peines recevront leur récompense, parce que la vérité des paroles de Jésus éclatera et toutes les abominations des hommes à travers les siècles seront jetées au feu consumant de son amour miséricordieux. Voilà notre foi et notre espérance. Marqués de cette vie éternelle, depuis notre baptême, nous espérons dans la révélation pleine et entière de cette filiation divine de tout notre être, corps et âme, le jour où Notre Seigneur Jésus reviendra dans la gloire.

Notre vie prend ainsi sens et il n’est plus pour nous question de se demander si nous devons agir selon les sophismes de ce monde ou selon la loi et la volonté même de Dieu qui nous sont transmises par l’Église. Soyons martyrs à notre tour, c’est-à-dire témoins de cette vérité extraordinaire : nous existons pour une vie qui nous dépasse et va au-delà de toutes nos pauvres aspirations terrestres et limitées. Cette vie de résurrection, où il n’est plus besoin de se marier parce que nous vivrons éternellement, mais où l’amour qui ne s’éteint pas nous unira plus profondément encore avec tous ceux et toutes celles qui aiment Dieu infiniment. Nos amours humains prendront alors leur sens définitif parce qu’ils seront comblés à leur source même : la Trinité.

Nous sommes fils et filles de Dieu. Dieu est Notre Père. C’est Lui qui nous ressuscitera et donnera sa propre vie éternelle à nos pauvres corps aujourd’hui mortels. Pourquoi vouloir chercher midi à quatorze heures, quand nous savons que Jésus de Nazareth est mort et ressuscité ? C’est Lui qui nous ressuscitera au dernier jour et toute notre vie est dirigée vers ce terme ultime où nous ressusciterons avec lui. Alors pourquoi vouloir faire comme si nous ne ressusciterions pas ? Pourquoi s’abandonner aux fausses « bonnes raisons » du monde qui voudrait nous faire sacrifier à ses vaines idoles de l’argent, du pouvoir, du sexe, du confort à tout prix, qui écrase les autres sur son passage ?

Nous sommes dans ce monde, mais nous ne sommes pas de ce monde. Notre destinée est ailleurs : nous avons à vivre de l’amour et de la gloire de Dieu en mettant notre joie dans le travail bien fait au service des plus faibles et des plus petits de nos frères et sœurs. Et si par hasard, devant le gouffre dans lequel nous entraînent nos convoitises, nous ne savons plus comment réagir, alors tournons-nous résolument vers le Seigneur comme nous le recommande saint Paul: « Frères laissez-vous réconforter par notre Seigneur Jésus Christ lui-même et par Dieu notre Père ». Nous ne sommes pas seuls. Comme les martyrs d’Israël, comme Jésus, nous avons un défenseur plus fort que tous ceux qui nous en veulent ou veulent nous faire du mal. L’amour de Dieu, sa grâce, nous donnera toujours réconfort et joyeuse espérance.

Oui frères et sœurs, notre foi peut et doit transporter des montagnes d’amour dans notre monde afin que chacun et chacune puisse retrouver le vrai sens de sa vie, sa destinée finale. Arrêtons d’adopter les manières du monde et vivons selon notre foi de futurs ressuscités, dans l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint Esprit, afin que notre joie soit parfaite et puisse rayonner en tous ceux et celles qui nous entourent. Refusons tout compromis avec les fausses illusions et laissons nous porter par l’Esprit vivifiant qui nous conduit vers notre propre résurrection. Que le corps et le sang de Jésus Christ ressuscité reçus dans cette eucharistie, nous redonnent cette foi et nous permettent d’agir selon notre véritable destinée : la résurrection de la chair !

« Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants »

Frère Bertrand

 

Cette entrée a été publiée dans Homélies 2010. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.