Deuxième Dimanche de l’Avent, Année C

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Ba 5, 1-9; Phil 1, 4-6.8-11; Lc 3, 1-6.
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Lorsque Dieu prépare un chemin de salut, ce n’est ni au milieu des grands de ce monde, ni sur les places publiques, au milieu des foules, mais c’est au désert qu’Il le fait. Lorsque Dieu parle aux hommes, Il choisit plutôt les endroits retirés, à l’écart, les heures de la nuit, quand le monde sommeille encore et sombre dans l’oubli. Lorsque la Parole de Dieu vient à nous, c’est rarement dans le tremblement de terre ou le fracas de la tempête, car Dieu préfère le murmure d’une brise légère.

Ainsi, depuis le commencement du monde, Dieu a choisi la discrétion, le silence et la solitude, le désert et la pauvreté, comme si la gloire et la splendeur de ce monde ne parvenaient pas à exprimer, avec suffisamment de force, la profondeur de Son Amour. Et, lorsque Dieu se manifeste dans nos vies, nous constatons qu’il y a  toujours cette étonnante disproportion, cette scandaleuse inadéquation entre la pauvreté des messagers, et le poids de gloire dont ils sont porteurs, comme en des vases d’argile.

Jean le Baptiste, comme le Prophète Baruc, ou plus tard l’Apôtre Paul, fait partie de ces témoins étonnants qui furent choisis pour préparer les chemins du Seigneur. Eux aussi ont dû consentir, après bien des refus et des résistances,  à ce que leur pauvreté et leurs limites deviennent le réceptacle fragile de la Parole de Dieu. Sans eux, nous ne serions pas là, ce matin, car Dieu a choisi de dépendre de ces humbles messagers pour venir à notre rencontre.

En effet, qu’y a-t-il de plus fragile qu’une voix? Et qu’y a-t-il de plus improbable qu’un auditeur au coeur du désert? Et pourtant, Dieu a choisi ce chemin, parce qu’Il sait que, depuis les origines du monde, c’est seulement au désert que les hommes peuvent retrouver la trace de leur propre coeur. C’est là qu’Il conduira le peuple d’Israël, lorsque la flamme de sa foi courra le risque d’être étouffée par le débordement des plaisirs et la fascination des richesses. C’est au désert que Dieu donne rendez-vous à Son peuple, et c’est là qu’Il nous donne rendez-vous, à nous aussi.

Cette mise à l’écart, cette prise de distance, certains la comprennent parfois comme un manque de solidarité, une forme de désintérêt, alors qu’elle est d’abord un désir d’attention, un appel à choisir la vie. Car le désert n’est pas un lieu de tout repos. Les ravins infranchissables et les sommets vertigineux de nos angoisses doivent y être franchis, les chemins tortueux de nos doutes doivent y être aplanis. Au désert, les choses les plus simples et les plus élémentaires demandent un effort, tout y devient pesant, impossible, sans la grâce de Dieu!

Mais le désert c’est aussi ce lieu où peut mûrir l’attente, où peut se renouveler notre désir. C’est pour pouvoir accueillir la Parole de Dieu, le Verbe de Dieu qui va venir à nous à Noël, que nous avons besoin de ce grand nettoyage des sens, de cette plongée au delà des choses et du temps. Le désert est le lieu par excellence de l’Avent, de cette attente de Celui qui vient.

En ces semaines où nous préparons nos coeurs à la venue du Fils de l’Homme, du Verbe de Dieu, durant la nuit de Noël, laissons-nous, nous aussi conduire au désert, pour y retrouver le goût de l’amitié de notre Dieu.


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