Troisième Dimanche de l’Avent, Année C

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So 3, 14-18a; Phil 4, 4-7; Lc 3, 10-18.
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Dans les textes de la liturgie de ce jour, nous retrouvons bien des éléments qui font le charme et la splendeur de la fête de Noël: joie, ovations, allégresse, amour, danses et cris de joie dans la première lecture; joie, sérénité et paix dans la seconde lecture; abondance, lumière et chaleur du feu dans l’Evangile, que nous venons d’entendre. Au fond, c’est comme si la liturgie de ce jour avait voulu planter sous nos yeux le décor des fêtes qui approchent.

Mais, à cette première impression d’ambiance festive, l’Evangile ajoute une autre nuance. En effet, dans la bouche de Jean Baptiste, l’image du feu n’est pas seulement le symbole des lampions de la fête et des guirlandes lumineuses, mais elle signifie surtout cette purification par le feu de tout ce qui, d’une certaine manière, ne peut prétendre aux joies de cette fête. Dans le style des Prophètes d’Israël, Jean nous rappelle que l’annonce de la Bonne Nouvelle est aussi et avant tout un appel à la conversion.

D’ailleurs, Jésus reprendra cette image du feu, à plusieurs reprises, dans les Evangiles, soit pour annoncer la fin des temps, soit pour parler de sa propre mission. Il appellera, en effet, de ses voeux la venue d’un feu sur cette terre: « c’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit allumé! » (Lc 12,49). Ainsi, au fil des lectures de ce jour, se déploient sous nos yeux les mille nuances de cette fête de Noël que nous allons bientôt célébrer.

Nous pourrions avoir l’impression qu’il y a là une certaine contradiction. Comment concilier, en effet, la joie et la sérénité du Prophète et de l’Apôtre avec la présentation plus exigeante de Jean Baptiste? Y aurait-il, comme dans les idéologies de ce monde, ceux qui ne voient que le bon côté des choses, et ceux qui insistent sur  le côté plus rigoureux et plus rude de l’existence? La tentation peut être grande de laisser de côté ce qui nous déplaît, de réduire à notre mesure la Révélation de Dieu. Comme s’il nous était demandé de choisir notre camp, entre la miséricorde de Dieu et sa justice!

L’Eglise nous enseigne pourtant, depuis les origines du Christianisme, que la foi ne consiste pas à choisir l’une ou l’autre, mais plutôt à accueillir cette tension entre la promesse de Dieu et les exigences qu’elle entraîne. Et cette étonnante synthèse, nous la trouvons réalisée, sous nos yeux, non pas dans les discours des théologiens, mais dans la vie d’hommes et de femmes qui se sont laissés bousculer et retourner par l’amour de Dieu.

Ce sont eux, les saints et les saintes de tous les temps, qui ont appris, et qui nous enseignent, à travers leur vie, que la joie passe par le feu et que le flamme de l’amour finit par consumer toute crainte. Ce sont eux, les témoins de l’Agneau, qui nous montrent que l’amour et la paix sont des fruits qui peuvent pousser sur les terrains les plus ingrats et les plus rudes. De cette invitation à la joie, nul n’est exclu, nul n’est écarté, s’il ne s’en éloigne lui-même. Et là encore, Jésus nous apprend que le Maître n’hésitera pas à prendre son bâton de berger, pour descendre à la recherche de la brebis égarée, pour racheter celle qui était perdue.

Si les textes de ce jour sont une invitation à entrer sur les chemins du bonheur préparé par Dieu, ils sont aussi pour nous un appel à vivre une mission, une mission de feu. Car la joie de Dieu ne peut se vivre qu’en la partageant. Le bonheur que Dieu nous promet n’est possible que s’il est communiqué, comme une flamme qui se propage sans diminuer. Dieu a besoin de nous pour que ce feu s’étende sur le monde entier, un feu qui embrase les coeurs et illumine les yeux de tous ceux qui Le cherchent, sans, bien souvent, savoir ce qu’ils cherchent.


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